« Aujourd'hui nous voyons au moyen d'un miroir, d'une
manière obscure, mais alors nous verrons face à face ; aujourd'hui je connais
en partie, mais alors je connaîtrai comme j'ai été connu. »
1 Corinthiens 13, 12
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« Bien-aimés, nous sommes maintenant enfants de Dieu,
et ce que nous serons n'a pas encore été manifesté ; mais nous savons que,
lorsque cela sera manifesté, nous serons semblables à Lui, parce que nous Le
verrons tel qu'Il est. »
1 Jean 3, 2
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LA RENCONTRE PROMISE.
LA TRANSFORMATION GLORIEUSE.
L'ÉTERNITÉ CONTEMPLATIVE.
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Bien-aimés
en Jésus-Christ, Frères et sœurs dans la foi,
Imaginez
cet instant. Le premier matin — non, il n'y aura plus de matin ni de soir, car
le temps lui-même se sera tu — mais imaginez l'instant premier où, sortis du
corps, nous ouvrirons les yeux non plus sur les ombres de la terre, mais sur la
Face de Celui que nous avons aimé sans L'avoir vu. Ce jour-là, il n'y aura plus
de miroir entre Lui et nous. Il n'y aura plus de nuit, plus de doute, plus de
larmes retenues. Il y aura Jésus. Face à face. Enfin.
L'apôtre
Paul, du fond de sa prison et de son incertitude, osait déjà lever les yeux
vers ce jour-là : « Aujourd'hui nous voyons au moyen d'un miroir, d'une manière
obscure, mais alors nous verrons face à face » (1 Corinthiens 13, 12). Et Jean,
le disciple bien-aimé, ajoutait cette promesse bouleversante : nous Lui serons
semblables, car nous Le verrons tel qu'Il est (1 Jean 3, 2). Voilà l'espérance
qui devrait nous tenir debout dans les jours obscurs de cette terre : un jour
vient où l'obscur cédera à la clarté, où le connu-en-partie cédera à la
connaissance parfaite.
Ce jour
n'est pas une fable pieuse racontée pour consoler les affligés. C'est la
promesse la plus solide qu'un être humain puisse recevoir, car elle repose non
sur nos mérites, mais sur la fidélité de Celui qui l'a prononcée. Aujourd'hui,
tournons ensemble notre regard vers ce premier jour de la gloire éternelle, et
laissons-le déjà transformer la manière dont nous traversons cette terre.
Avant d'en contempler la gloire, voyons d'abord
comment cette rencontre nous a été promise depuis toujours.
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LA RENCONTRE PROMISE.
- L'attente qui s'achève -.
Depuis
les commencements, l'homme porte en lui une soif que rien sur cette terre ne
peut étancher : la soif de voir Dieu. Moïse, sur la montagne, avait demandé : «
Fais-moi voir Ta gloire ! » Dieu lui avait répondu qu'aucun homme ne pouvait
voir Sa face et vivre (Exode 33, 20). Ainsi, pendant des millénaires,
l'humanité a marché voilée, entendant la voix de Dieu sans jamais contempler
Son visage. Mais la promesse demeurait, tenue en réserve, comme une lettre
scellée pour le jour de Sa manifestation.
Songez à
cette multitude de témoins qui, avant nous, ont fermé les yeux sur cette terre
avec cette promesse aux lèvres. Étienne, sous les pierres qui pleuvaient sur
lui, contemplait déjà les cieux ouverts et Jésus debout à la droite de Dieu
(Actes 7, 55-56). Les martyrs de tous les siècles sont morts en fixant, par la
foi, ce jour que nous décrivons aujourd'hui. Ils n'avaient pas encore la
vision, mais ils avaient la certitude — et cette certitude leur donnait la
force d'affronter la mort sans reculer.
- Le voile levé -.
Ce qui
semblait impossible sous l'ancienne alliance devient promesse certaine sous la
nouvelle. En Christ, le voile s'est déchiré (Matthieu 27, 51) et l'accès au
Père nous a été ouvert. Ce que Moïse ne pouvait recevoir sans mourir, nous le
recevrons dans la vie — dans la vie éternelle, transformés, préparés, rendus
capables par la grâce de contempler ce que nul œil naturel n'aurait pu
supporter autrefois. Ce jour dont je parle n'est donc pas un rêve suspendu dans
le vague : c'est une promesse écrite, scellée par le sang de l'Agneau, garantie
par la résurrection de Celui qui a vaincu la mort.
L'écrivain
Victor Hugo, méditant sur la mort et l'au-delà, disait de son propre trépas
qu'il ne serait rien d'autre qu'une manière de rentrer chez soi. Il
pressentait, sans toujours le nommer avec exactitude, cette vérité que
l'Écriture proclame avec certitude : au-delà du voile de la mort, il y a une
demeure, un Père, un Visage qui attend. Mais là où l'intuition humaine ne fait
que tâtonner dans l'obscur, la Parole de Dieu affirme avec une clarté
souveraine : nous verrons face à face.
Pensez
encore à ceci : cette rencontre n'est pas réservée à une élite spirituelle, à
quelques héros de la foi dont on raconte l'histoire dans les livres. Elle est
promise à quiconque a mis sa confiance en Jésus-Christ — au veuf silencieux du
dernier banc, à la mère épuisée qui prie encore malgré les nuits sans sommeil,
au jeune homme qui lutte seul contre une tentation que personne ne connaît.
Aucun de ces visages n'est oublié. Chacun d'eux verra, un jour, la Face qu'il a
cherchée sans jamais l'avoir vue.
Mais
cette rencontre ne nous laissera pas comme elle nous trouve : elle nous
transformera jusque dans notre être tout entier.
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LA TRANSFORMATION GLORIEUSE.
- La ressemblance accomplie -.
Jean ne
dit pas seulement que nous verrons Jésus ; il dit que nous Lui serons
semblables, parce que nous Le verrons tel qu'Il est (1 Jean 3, 2). Voir Dieu
tel qu'Il est produit en nous une transformation que rien sur cette terre ne
peut produire. Ici-bas, nous sommes changés de gloire en gloire, comme le
rappelle Paul aux Corinthiens, en contemplant comme dans un miroir la gloire du
Seigneur (2 Corinthiens 3, 18) ; mais là-haut, ce ne sera plus un reflet
partiel — ce sera la vision directe, et la transformation sera achevée,
définitive, sans plus jamais de possibilité de rechute dans le péché ou la
faiblesse.
- Le corps glorifié -.
Paul
décrit encore cette transformation en termes saisissants : ce corps mortel,
sujet à la fatigue, à la maladie, à la décomposition, revêtira
l'incorruptibilité (1 Corinthiens 15, 53). Il ne s'agit pas d'une existence
éthérée et vague, mais d'un corps réel, glorifié, semblable au corps de gloire
de Christ ressuscité (Philippiens 3, 21). Ce jour-là, plus de larmes essuyées à
la hâte, plus de corps affaibli par les années, plus de souffle court devant la
mort qui approche. Un corps fait pour l'éternité, un corps fait pour se tenir
sans crainte devant la Face du Roi.
L'écrivain
russe Fiodor Dostoïevski, qui a tant sondé les abîmes de l'âme humaine,
affirmait que la beauté sauvera le monde. Mais quelle beauté, sinon celle qui
nous transformera à l'image même de Celui qui est la Splendeur infinie ? Ce que
la beauté terrestre ne fait qu'entrevoir et bien souvent trahir, la Face de
Christ l'accomplira parfaitement en nous, ce jour-là, sans plus jamais se
ternir.
Essayez
d'imaginer, Bien-aimés, ce premier jour. Non pas un jour de vingt-quatre heures
comme ceux que nous comptons ici-bas, mais un jour sans déclin, un matin qui ne
connaîtra jamais de soir. Vous ouvrirez les yeux — ou plutôt, vous serez déjà
éveillés, car il n'y aura plus de sommeil dans cette patrie — et devant vous se
tiendra, non une image, non une intuition, non un sentiment fugace de prière
exaucée, mais Lui-même. Ses mains percées. Son regard qui a tout vu de votre
vie, chaque larme, chaque combat, chaque victoire secrète que nul n'a applaudie
sur la terre. Et Il vous appellera par votre nom.
Ce
jour-là, toute honte cachée, toute cicatrice invisible, tout ce que vous avez
porté seul pendant des années trouvera enfin sa guérison définitive dans un
seul regard. Car ce n'est pas un étranger qui vous accueillera, mais Celui qui
vous a façonné, racheté, et qui vous a attendu depuis le commencement du monde.
Certains
d'entre vous portent aujourd'hui un corps qui les trahit — un diagnostic
redouté, une douleur chronique, une fatigue que rien ne soulage. Écoutez bien
cette promesse : elle vous concerne directement. Le même Dieu qui a formé Adam
de la poussière formera votre corps de gloire à partir de ce qui, sur cette
terre, semblait irrémédiablement brisé. Rien de ce que vous portez aujourd'hui
n'aura le dernier mot sur ce que vous serez ce jour-là.
Cette
transformation nous introduit alors dans une contemplation qui, elle, ne
connaîtra jamais de fin.
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L'ÉTERNITÉ CONTEMPLATIVE.
- Le face à face sans fin -.
Ce qui
frappe le plus dans la promesse de l'Écriture, ce n'est pas seulement l'instant
de la rencontre, mais sa durée : elle ne finira jamais. L'Apocalypse nous
montre la scène ultime : les serviteurs de Dieu Le serviront, ils verront Sa
face, et Son nom sera sur leurs fronts (Apocalypse 22, 4). Il n'y aura plus ni
nuit, ni besoin de lampe, ni de lumière du soleil, car le Seigneur Dieu
répandra sur eux Sa lumière (Apocalypse 22, 5). Ce n'est donc pas une rencontre
passagère, comme celles que nous vivons ici-bas avec ceux que nous aimons et
que nous devons trop souvent quitter trop tôt. C'est une communion éternelle,
sans séparation, sans adieu, sans crainte du lendemain.
- L'adoration éternelle -.
Et que
ferons-nous, devant cette Face tant attendue ? Nous L'adorerons. Non par
obligation, non par habitude religieuse, mais parce que nos cœurs, enfin
libérés de toute distraction, de toute lassitude, de tout péché, ne pourront
faire autrement que de se prosterner devant Celui qui nous a rachetés. Les
vingt-quatre anciens de l'Apocalypse jettent leurs couronnes devant le trône
(Apocalypse 4, 10) ; nous ferons de même, non par contrainte, mais par un
débordement de joie et de reconnaissance qu'aucun mot terrestre ne saurait
contenir.
L'écrivain
François-René de Chateaubriand, dans ses derniers écrits, confessait attendre
la mort comme on attend un rivage après une longue traversée. Il pressentait,
comme tant d'âmes avant lui, qu'il existe une rive au-delà de nos jours. Mais
la foi chrétienne va plus loin que le simple pressentiment : elle nomme cette
rive, elle nomme Celui qui nous y attend, et elle en garantit l'accès par la
croix et la résurrection de Jésus-Christ.
Ce
jour-là, Bien-aimés, toute question sans réponse trouvera sa réponse dans Sa
présence même. Pourquoi ai-je tant souffert ? Pourquoi ce fardeau, cette
maladie, cette absence, cette injustice ? Nous ne recevrons peut-être pas
d'explication en mots — mais nous recevrons Sa Face, et cela suffira. Car voir
Celui qui nous a aimés jusqu'à la mort de la croix rendra dérisoire toute
question qui nous tourmentait encore la veille.
Que cette contemplation à venir façonne, dès
Aujourd'hui, la manière dont nous marchons.
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Mais je
vous pose la question, Bien-aimés : cette rencontre, l'attendez-vous vraiment ?
Vivez-vous déjà tournés vers ce jour, ou vous êtes-vous laissés absorber tout
entiers par les soucis d'une terre qui passe ? L'apôtre Jean ajoute une
exhortation à sa promesse : quiconque a cette espérance en Lui se purifie,
comme Lui-même est pur (1 Jean 3, 3). L'attente de la Face de Christ n'est pas
passive : elle façonne dès Aujourd'hui notre marche, notre pureté, notre
manière d'aimer et de pardonner. Si vous croyez réellement que vous Le verrez
face à face, comment vivrez-vous Aujourd'hui ?
Alors,
que ce jour devienne pour vous, dès Aujourd'hui, une réalité si certaine
qu'elle transforme votre manière de traverser chaque épreuve. Que la promesse
de Le voir tel qu'Il est vous relève chaque fois que vous tombez, vous console
chaque fois que vous pleurez, vous fortifie chaque fois que la nuit semble
longue. Car le miroir obscur d'Aujourd'hui cédera à la clarté de la Face de
Jésus, et ce jour-là, tout ce que nous aurons perdu ici-bas nous paraîtra petit
devant ce que nous aurons enfin trouvé : Lui-même, pour toujours.
Ne
remettez pas à un lointain avenir la décision de vous tourner entièrement vers
Celui qui vous attend. Peut-être traversez-vous, Aujourd'hui même, une saison
où la promesse semble lointaine, où le miroir paraît plus obscur que jamais.
Tenez bon. Le même Jésus qui a promis de revenir chercher les Siens (Jean 14,
3) tiendra parole, comme Il a tenu toutes Ses paroles depuis le commencement.
Un jour, et ce jour peut être plus proche que vous ne le pensez, l'obscur
cédera, le voile tombera, et vous verrez enfin ce que votre cœur a cherché
toute sa vie.
Oh ! Qu'il en soit ainsi. Amen et Amen.