« D'où
viennent les guerres, et d'où viennent les disputes parmi vous ? N'est-ce pas
de vos passions qui combattent dans vos membres ? »
(Jacques
4, 1)
« Allons,
descendons, et là confondons leur langage, afin qu'ils n'entendent plus la
langue les uns des autres. »
(Genèse
11, 7)
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LA RAISON
AVEUGLÉE.
LA
CONVOITISE DÉVORANTE.
LA PAIX
RETROUVÉE.
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Bien-aimés en Jésus-Christ, Frères et
sœurs dans la foi,
Aujourd'hui,
l'humanité se tient devant un miroir, et ce miroir renvoie l'image d'une
contradiction insoutenable. L'homme a mesuré la distance des étoiles, il a
percé les secrets de l'atome, il a cartographié le génome qui le constitue
jusque dans ses cellules les plus intimes ; et pourtant, ce même homme, si
savant, si raisonnable en apparence, ne parvient toujours pas à s'asseoir en
paix à la table de son propre frère. Nous avons appris à voler plus vite que le
son, mais nous n'avons pas appris à nous taire assez longtemps pour nous
écouter.
Regardez
la terre telle qu'elle est aujourd'hui : des frontières hérissées de barbelés,
des familles déchirées par des rancunes vieilles de plusieurs générations, des
nations entières qui s'arment jusqu'aux dents contre d'autres nations qui leur
ressemblent en tout, sauf en la couleur du drapeau. Regardez les églises
elles-mêmes, appelées à être un seul corps, et qui se fragmentent en mille
chapelles rivales pour des querelles de préséance. L'espèce la plus
intelligente de la création est aussi celle qui s'entretue avec le plus de
raffinement.
Alors la
question se pose, tragique et brûlante : pourquoi et comment des êtres doués de
raison ne peuvent-ils trouver un terrain d'entente pour vivre ensemble sur une
même planète ? Les philosophes ont tenté d'y répondre depuis des siècles. Les
diplomates ont signé des traités que l'encre avait à peine séchée que déjà on
les violait. Les organisations internationales ont multiplié leurs sommets,
leurs chartes, leurs résolutions, et la guerre continue, sourde et têtue, comme
un feu qui couve sous la cendre.
Mais la
Parole de Dieu, Elle, n'a jamais prétendu que la paix entre les hommes
viendrait de l'intelligence des hommes. Elle nous révèle, avec une lucidité que
nulle science ne possède, la véritable racine de notre division, et Elle nous
ouvre, avec une tendresse que nulle diplomatie ne connaît, le chemin d'une paix
qui ne dépend pas de nous. C'est ce double mystère que nous voulons sonder,
Aujourd'hui, à la lumière de trois vérités.
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Avant de comprendre pourquoi les
hommes se combattent, il nous faut remonter à la source du mal, dans les
plaines antiques de Shinéar, où la raison humaine, livrée à elle-même, a montré
pour la première fois son aveuglement.
LA RAISON
AVEUGLÉE.
- Babel, Le Miroir De L'Orgueil -.
La
Genèse nous rapporte une scène étonnante. Toute la terre, nous dit le texte,
avait une seule langue et les mêmes mots. Les hommes n'étaient pas dispersés en
tribus rivales ; ils formaient une seule famille, parlant un seul langage,
capables de se comprendre sans le moindre effort de traduction. S'il existait
un moment dans l'histoire humaine où l'entente universelle semblait possible,
c'était bien celui-là. Et que firent-ils de cette unité ? Ils ne la mirent pas
au service de Dieu ; ils la mirent au service de leur propre nom. «
Faisons-nous un nom », disent-ils, « afin que nous ne soyons pas dispersés sur
la face de toute la terre » (Genèse 11, 4).
Voilà le
premier diagnostic que l'Écriture pose sur notre mal : ce n'est pas le manque
d'intelligence qui divise les hommes, c'est l'orgueil qui détourne
l'intelligence. Ces bâtisseurs de Babel n'étaient pas des ignorants ; ils
maîtrisaient une technologie avancée pour leur temps, la cuisson de la brique,
l'usage du bitume comme mortier. Leur raison fonctionnait parfaitement. Ce qui
était corrompu, ce n'était pas leur capacité de penser, mais l'objet vers
lequel ils orientaient cette capacité. Une raison qui s'adore elle-même finit
toujours par se retourner contre son prochain, parce qu'elle ne reconnaît plus
personne au-dessus d'elle pour arbitrer ses prétentions.
- L'Intelligence Sans Soumission -.
Le
savant Albert Einstein, dont le génie n'est contesté par personne, observait
avec une lucidité désabusée que la perfection des moyens semblait accompagner,
à son époque, une confusion croissante des fins. Voilà exactement le diagnostic
de Babel, formulé par un homme du vingtième siècle : plus nos moyens
grandissent, plus notre confusion sur le but à poursuivre s'aggrave, si cette
intelligence n'est pas soumise à une autorité qui la dépasse. C'est ce que le
Seigneur constate à Babel : « Voici, ils forment un seul peuple, ils ont tous
une même langue, et c'est là ce qu'ils ont entrepris ; maintenant rien ne les
empêcherait de faire tout ce qu'ils auraient projeté » (Genèse 11, 6). Rien ne
les arrêterait, sinon Dieu Lui-même, parce que leur unité était orientée vers
leur propre gloire et non vers la Sienne.
Alors le
Seigneur confondit leur langage, non par jalousie mesquine, mais par
miséricorde préventive, pour empêcher qu'une humanité tournée contre Lui
n'atteigne, unie dans son orgueil, un degré de destruction qu'elle ne pourrait
plus arrêter elle-même. Ainsi commence la longue histoire des divisions
humaines : elle ne commence pas par un manque de vocabulaire, elle commence par
un excès de prétention. Voilà pourquoi tant de sommets internationaux échouent
malgré des traductrices excellentes et des interprètes qualifiés : le problème
n'a jamais été la langue, il a toujours été le cœur.
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Si l'orgueil aveugle la raison
collective des nations, il faut à présent descendre plus profondément encore,
jusque dans le cœur de chaque individu, là où l'apôtre Jacques localise la
véritable source de toute dispute.
LA
CONVOITISE DÉVORANTE.
- Les Passions En Guerre -.
L'apôtre
Jacques ne s'embarrasse d'aucune diplomatie lorsqu'il pose la question qui nous
occupe Aujourd'hui : « D'où viennent les guerres, et d'où viennent les disputes
parmi vous ? N'est-ce pas de vos passions qui combattent dans vos membres ? »
(Jacques 4, 1). Remarquez la précision du vocabulaire : les passions
combattent, dit le texte, avant même que les hommes ne combattent. La guerre
extérieure n'est que la projection visible d'une guerre intérieure. Avant que
deux armées ne s'affrontent sur un champ de bataille, deux convoitises se sont
déjà affrontées dans deux cœurs. Le conflit n'est donc jamais premièrement un
problème de frontières, de ressources ou d'idéologies : il est premièrement un
problème d'hommes intérieurement en guerre avec eux-mêmes.
Le
philosophe Thomas Hobbes, réfléchissant sur la nature humaine livrée à
elle-même, décrivait l'état de nature comme une guerre de chacun contre chacun,
où la vie de l'homme, sans autorité pour la contenir, devient courte et
misérable. Il n'avait pas tort sur le diagnostic, même s'il se trompait sur le
remède qu'il proposait. Car ce n'est pas seulement l'absence d'un souverain
terrestre qui produit ce chaos ; c'est l'absence de soumission au Souverain
céleste. Tant que le cœur humain reste livré à ses propres convoitises, aucune
constitution, aucun parlement, aucune charte des droits ne pourra durablement
contenir sa violence.
- Le Désir Qui Ne Demande Pas -.
Jacques
poursuit sa dissection du cœur humain avec une précision chirurgicale : « Vous
convoitez, et vous ne possédez pas ; vous êtes meurtriers et jaloux, et vous ne
pouvez pas obtenir ; vous avez des querelles et des luttes, et vous ne possédez
pas, parce que vous ne demandez pas » (Jacques 4, 2). Voici le cercle vicieux
de toute discorde humaine : je désire ce que je n'ai pas, je constate que mon
frère le possède, et au lieu de me tourner vers Dieu pour Lui demander, je me
tourne contre mon frère pour le lui arracher. Le président John Fitzgerald
Kennedy affirmait, devant les nations assemblées, que l'humanité devait mettre
fin à la guerre, sous peine que la guerre ne mette fin à l'humanité. Vingt
siècles avant lui, l'apôtre Jacques avait déjà identifié pourquoi cette fin
tardait tant à venir : parce que l'homme préfère la lutte à la prière.
Et
lorsque, par un reste de religiosité, l'homme consent tout de même à prier,
Jacques ajoute cette parole qui devrait nous faire trembler : « Vous demandez,
et vous ne recevez pas, parce que vous demandez mal, dans le but de satisfaire
vos passions » (Jacques 4, 3). Même notre prière peut être corrompue par notre
convoitise ! Nous pouvons demander la paix tout en désirant secrètement la
victoire de notre seul camp. Nous pouvons demander l'unité tout en refusant de
céder le moindre pouce de notre orgueil. Voilà pourquoi la raison seule, même
armée des meilleures intentions, ne suffira jamais à réconcilier des cœurs qui
n'ont pas été eux-mêmes réconciliés avec leur Créateur.
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Après avoir diagnostiqué le mal
jusque dans sa racine la plus intime, il nous faut maintenant contempler le
remède que Dieu Lui-même a préparé, Lui qui seul pouvait guérir ce que ni Babel
ni la diplomatie humaine n'ont su résoudre.
LA PAIX
RETROUVÉE.
- Le Mur Abattu -.
Si
l'homme, livré à sa seule raison, construit des murs, Dieu, dans Sa grâce, en a
détruit un plus haut que tous les autres. L'apôtre Paul écrit aux Éphésiens une
parole qui répond directement à notre question : « Car Il est notre paix, Lui
qui des deux peuples en a fait un seul, et qui a renversé le mur de séparation,
la haine » (Éphésiens 2, 14). Remarquez que ce n'est pas un traité qui a
renversé ce mur, ni un compromis politique, ni une conférence de paix : c'est
une Personne. Le Christ Lui-même est notre paix. Il ne négocie pas la paix
entre les hommes divisés ; Il devient, en Sa propre chair, le lieu où cette
division est abolie.
À Babel,
Dieu confond le langage pour freiner l'orgueil des hommes. À la Pentecôte, des
siècles plus tard, l'Esprit renverse cette malédiction : des hommes de toutes
langues entendent proclamer les merveilles de Dieu, chacun dans sa propre
langue (Actes 2, 6). Voyez-vous le contraste ? Là où l'orgueil dispersait,
l'Esprit rassemble. Là où l'homme voulait se faire un nom, l'Évangile proclame
un seul Nom au-dessus de tout nom (Philippiens 2, 9), et c'est en ce Nom-là
seulement, et non dans nos raisonnements, que se trouve le véritable terrain
d'entente que cherche l'humanité depuis Babel.
- La Réconciliation Offerte -.
Le sage
Confucius enseignait que l'harmonie entre les hommes commence par l'ordre
intérieur de chaque cœur avant de pouvoir s'étendre à la famille, puis à la
nation, puis au monde entier. Sa sagesse touche juste, mais elle bute toujours
sur la même impuissance : comment ordonner un cœur que la convoitise dévore de
l'intérieur ? L'Évangile seul répond à cette impuissance, non par une technique
de vertu, mais par une nouvelle naissance. Paul l'explique aux Colossiens :
Dieu a voulu, par Christ, « réconcilier avec Lui-même toutes choses, tant
celles qui sont sur la terre que celles qui sont dans les cieux, en faisant la
paix par Lui, par le sang de Sa croix » (Colossiens 1, 20).
Voilà
pourquoi Dieu seul peut réussir là où l'humanité entière échoue depuis Babel :
parce qu'Il commence par réconcilier l'homme avec Lui-même, avant de
réconcilier l'homme avec son prochain. Toute paix horizontale véritable et
durable découle d'abord d'une paix verticale rétablie. C'est pourquoi tant
d'efforts humains pour la paix, si sincères soient-ils, s'épuisent : ils
tentent de réconcilier des hommes qui demeurent, chacun, en guerre avec leur
Créateur. Mais celui dont le cœur a été transformé par la croix ne convoite
plus de la même manière, ne demande plus mal, ne cherche plus à se faire un nom
sur les ruines de son frère. Il devient, à son tour, artisan de paix, appelé
fils de Dieu (Matthieu 5, 9).
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- Un Appel À La Réconciliation -.
Alors,
Bien-aimés, revenons à notre question de départ : pourquoi et comment des êtres
doués de raison ne peuvent-ils trouver un terrain d'entente pour vivre ensemble
sur une même planète ? Parce que la raison, séparée de son Créateur, s'aveugle
dans l'orgueil, comme à Babel. Parce que le cœur humain, livré à lui-même,
brûle de convoitises qui engendrent disputes et guerres, comme le décrit
l'apôtre Jacques. Et pourtant, la même Parole qui diagnostique notre mal nous
en révèle le remède : le Christ, notre paix, qui a renversé le mur de la
séparation et qui offre à quiconque vient à Lui une réconciliation d'abord
verticale, puis horizontale.
La paix
mondiale que les nations cherchent en vain depuis des millénaires ne naîtra
jamais d'un simple accord de raison. Elle naîtra, cœur après cœur, de la
rencontre de chaque être humain avec Celui qui a fait la paix par le sang de Sa
croix. Que chacun de nous, dès Aujourd'hui, dépose ses propres convoitises, ses
propres orgueils, ses propres tours de Babel personnelles, et qu'il devienne, à
sa mesure, un artisan de cette paix que le monde ne peut ni donner ni retirer.
Car ce n'est qu'en Christ que des êtres doués de raison, mais blessés par le
péché, peuvent enfin trouver le terrain d'entente qui leur avait toujours
échappé.
Que le
Seigneur Lui-même achève en nous cette œuvre de réconciliation, et qu'Il fasse
de nous, dès Aujourd'hui, des messagers de Sa paix sur cette terre encore
fracturée.
Oh ! Qu'il
en soit ainsi. Amen et Amen.