VEILLEZ !
J’ai jugé nécessaire de vous écrire pour vous exhorter
à combattre pour la foi
Qui a été transmise aux saints une fois pour toutes.
Car des hommes se sont glissés parmi vous, des impies,
Qui changent la grâce de notre Dieu en dissolution,
Et qui renient notre seul Maître et Seigneur,
Jésus-Christ. »
(Jude 1, 3-4)
L'INTÉGRITÉ DOCTRINALE.
LA FIDÉLITÉ INÉBRANLABLE.
Il voulait leur écrire sur leur salut commun — quelle belle et douce
intention ! — mais l'Esprit de Dieu l'a contraint à changer de cap, car une
menace grave planait sur les communautés croyantes. Il les exhorte donc à «
combattre pour la foi qui a été transmise aux saints une fois pour toutes »
(Jude 1, 3). Ce combat
n'est pas optionnel ; il est vital, existentiel, impératif.
Imaginez un berger qui voit ses brebis menacées non par des loups extérieurs bien visibles, mais par des loups déguisés en moutons , qui mangent, dorment et bêlent parmi eux. Voilà le tableau que peint Jude. Et c'est précisément ce tableau qui dresse devant nous aujourd'hui l'urgence de la vigilance. Comme l'écrivait le philosophe Edmund Burke : « La seule chose nécessaire pour le triomphe du mal, c'est que les hommes de bien ne fassent rien. »
L'Église d'aujourd'hui a besoin d'hommes et de femmes qui veillent, qui
discernent, qui résistent, qui s'édifient et qui bâtissent sur leur très sainte
foi. Jude nous offre, dans sa courte mais puissante lettre, un manuel de combat
spirituel. Il brosse le portrait terrifiant de sept catégories de destructeurs
de la foi. Nous les examinerons avec soin, afin que personne parmi nous ne soit
trompé.
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LES RAVAGEURS SILENCIEUX.
Faux enseignants,
apparences pieuses et jouisseurs impudiques — voilà les premiers destructeurs
que Jude dénonce sans ambages.
Les faux
enseignants.
Aujourd'hui, au cœur de nos assemblées, des voix s'élèvent et qui
prêchent un autre évangile. Jude déclare que des hommes « se sont glissés
parmi vous » — le verbe grec utilisé est pareisduo, qui évoque une
infiltration furtive, une entrée par la porte dérobée (Jude 1, 4). Ces faux docteurs ne
s'annoncent pas comme des adversaires. Ils viennent avec des sourires, des dons
d'éloquence, des apparences séduisantes.
Ils enseignent que la grâce de Dieu est grâce, mais sournoisement,
subtilement, une licence pour pécher, que l'amour divin ne peut jamais
condamner, que la sainteté est une vieille mode dépassée. Ils renient
Jésus-Christ comme seul Maître et Seigneur, faisant de Lui un simple conseiller
en bien-être. L'apôtre Paul, lui aussi, avait mis en garde : « Le temps
viendra où les hommes ne supporteront pas la saine doctrine ; mais, ayant la
démangeaison d'entendre des choses agréables, ils se donneront une foule de
docteurs selon leurs propres désirs » (2
Timothée 4, 3).
Frères et sœurs, l'antidote au faux enseignement n'est pas l'ignorance ou
l'évitement, mais la connaissance approfondie de la Parole de Vérité. Étudiez
les Écritures ! Comparez ce que vous entendez à la Lumière infaillible de la
Bible. Comme le recommandait Augustin d'Hippone : « Notre cœur est sans
repos jusqu'à ce qu'il trouve son repos en Toi, Seigneur. » Ce repos vrai
ne se trouve que dans la Parole vraie.
L'apparence de
la piété.
L'un des signes les plus redoutables des temps de la fin est décrit par
Paul avec une acuité saisissante : des hommes ayant « l'apparence de la
piété, mais reniant ce qui en fait la force » (2 Timothée 3, 5). Ce sont des gens qui savent prier en
public, qui connaissent le langage de Canaan, qui occupent des postes dans
l'Église, mais dont la vie secrète contredit leur vie publique.
Ces personnes sont particulièrement dangereuses parce qu'elles trompent
même les âmes les plus sincères. Elles maîtrisent les codes religieux, les
gestes spirituels, les formules consacrées. Mais Jésus Lui-même les a
démasquées : « Vous les reconnaîtrez à leurs fruits » (Matthieu 7, 16). La vraie piété ne
s'affiche pas, elle se vit. Elle transforme le caractère, elle sanctifie la
conduite, elle produit des fruits de justice et d'amour.
Aujourd'hui, méfions-nous des spiritualités de façade, des dévotions de
vitrine. La vraie religion, selon l'apôtre Jacques, c'est « de visiter les
orphelins et les veuves dans leur affliction, et de se préserver des souillures
du monde » (Jacques 1, 27).
Elle s'exprime dans les actes, dans la compassion, dans l'intégrité
quotidienne.
Les jouisseurs
impudiques.
Jude décrit ensuite des individus qui changent la grâce de Dieu en «
dissolution » — en grec aselgeia, débauche, licence, impudicité sans
honte (Jude 1, 4). Plus
loin, il les compare aux habitants de Sodome et Gomorrhe « qui s'étaient
livrés à l'impudicité et à des vices contre nature » (Jude 1, 7). Ces faux frères prêchent
une grâce sans croix, un salut sans repentance, une liberté sans
responsabilité.
Ils font de la maison de Dieu un lieu de plaisir charnel déguisé en
liberté évangélique. Ils se nourrissent sans crainte à vos agapes, ils sont des
« nuages sans eau, emportés par les vents », des « arbres sans fruits
» (Jude 1, 12). Leur
vie est un spectacle séduisant mais spirituellement stérile. Ils attirent par
leurs promesses de liberté ceux qui sont à peine échappés à l'erreur.
Face à cela, la réponse du croyant est la sainteté. Non la sainteté
rigide et légaliste, mais la sainteté vivante, joyeuse, qui honore Dieu dans le
corps et dans l'esprit. Car « sans la sainteté, nul ne verra le Seigneur »
(Hébreux 12, 14).
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LES PERTURBATEURS ARROGANTS.
Des irrévérencieux
insolents et des éternels plaignants viennent ensuite grossir les rangs des
ennemis de la foi authentique.
Les
irrévérencieux insolents.
Jude évoque des personnes qui « blasphèment les gloires »,
c'est-à-dire qu'elles parlent avec mépris des réalités célestes, des autorités
spirituelles, même des anges (Jude 1, 8).
Il les compare au diable lui-même qui, dans son combat contre l'archange Michel
au sujet du corps de Moïse, n'osa point porter un jugement injurieux, mais dit
simplement : « Que le Seigneur te réprime ! » (Jude 1, 9). Ces hommes, eux, insultent
ce qu'ils ne connaissent pas.
Dans nos assemblées aujourd'hui, ce sont ceux qui critiquent les
serviteurs de Dieu avec légèreté, qui remettent en question les Écritures avec
arrogance, qui se rient des mystères divins avec désinvolture. Ils se croient
plus éclairés que l'Évangile lui-même. C'est ce que Jude appelle « la voie
de Caïn » — un refus orgueilleux de Dieu, une révolte identitaire contre
Son autorité (Jude 1, 11).
L'antidote à l'insolence spirituelle, c'est la crainte de Dieu. Salomon
l'avait compris : « La crainte de l'Éternel est le commencement de la
sagesse » (Proverbes 9, 10).
Un cœur qui tremble devant Dieu ne se permettra jamais de traiter avec légèreté
les choses saintes. Que nous soyons docteurs ou simples croyants, humilité et
révérence doivent caractériser notre rapport à Dieu.
Les éternels
plaignants.
Jude dépeint aussi des individus qui « murmurent et se plaignent de
leur sort » (Jude 1, 16).
Le murmure n'est pas une simple mauvaise humeur passagère — c'est une posture
spirituelle qui défie la providence de Dieu. Ces gens ne cessent de trouver à
redire. Ils se plaignent de leurs frères, de leurs pasteurs, de leur église, de
leurs conditions de vie. Ils répandent l'insatisfaction comme une maladie
contagieuse.
L'histoire du peuple d'Israël dans le désert est un avertissement
solennel. Ils murmurèrent contre Moïse, contre l'eau, contre la manne, contre
le chemin. Et ce murmure fut jugé sévèrement par Dieu. Paul nous rappelle : «
Ne murmurez pas, comme le firent quelques-uns d'entre eux, qui périrent » (1 Corinthiens 10, 10). Le murmure
détruit la communion fraternelle, affaiblit la foi et ouvre la porte à
l'amertume et à la division.
Le remède biblique au murmure est la reconnaissance et l'action de
grâces. Paul l'enseigne : « En toutes choses rendez grâces, car c'est à
votre égard la volonté de Dieu en Jésus-Christ » (1 Thessaloniciens 5, 18). Un cœur
reconnaissant ne murmure pas ; il loue, même au milieu des difficultés.
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LES SÉDUCTEURS MASQUÉS.
Les flatteurs
professionnels et les prétentieux spirituels forment la dernière et peut-être
la plus dangereuse catégorie que Jude décrit avec une précision redoutable.
Les flatteurs
professionnels.
Jude nous met en garde contre ceux qui « flattent les personnes par
intérêt » (Jude 1, 16).
Ces individus sont maîtres dans l'art de la séduction verbale. Ils savent
adapter leur discours à leur auditoire. Devant les riches, ils prêchent la
prospérité. Devant les puissants, ils valident tous leurs désirs. Devant les
blessés, ils promettent une grâce qui n'exige aucune repentance. Leur but
ultime est leur propre profit : gain financier, influence, réputation.
Ces flatteurs professionnels rappellent Balaam, mentionné par Jude au
verset 11 : un prophète qui avait du don mais qui mettait ses talents au
service de l'argent et de la gloire humaine (Jude
1, 11). Son erreur fatale fut de préférer la récompense de Balak
à la fidélité à Dieu. Combien de ministres aujourd'hui ont suivi la même voie
funeste, échangeant la Vérité contre le confort, la croix contre la couronne
terrestre !
Le croyant averti doit mesurer ce qu'il entend non à l'aulne de
l'agréable, mais à la lumière du vrai. Comme le disait Charles Spurgeon : «
Défendez la vérité avec votre sang si nécessaire, mais ne la trahissez jamais
avec votre sourire. » Que nos oreilles ne soient pas des oreilles à
flatteries, mais des oreilles à vérité !
Les prétentieux
spirituels.
Enfin, Jude dénonce les « psychiques » — le terme grec psuchikoi
— c'est-à-dire ceux qui sont « sensuels, n'ayant pas l'Esprit » (Jude 1, 19). Ces prétentieux
spirituels se présentent comme des initiés, des porteurs d'une révélation
supérieure. Ils divisent les assemblées en distinguant les « spirituels » des «
simples croyants ». Ils créent des cercles exclusifs, des élites spirituelles,
des coteries mystiques.
Mais Jude les démasque avec une ironie cinglante : ils se croient les
plus spirituels de tous, alors qu'ils n'ont pas l'Esprit du tout ! Ils
ressemblent à Core, qui contesta l'autorité de Moïse au nom d'une spiritualité
prétendue, et fut englouti par la terre (Jude
1, 11 ; Nombres 16, 1-35). La prétention spirituelle est l'une
des formes les plus subtiles de l'orgueil, car elle se drape des habits de la
sainteté pour mieux asservir les âmes.
La vraie onction de l'Esprit ne divise pas — elle unit. Elle ne gonfle
pas d'orgueil — elle humilie. Elle ne crée pas de mystères réservés à une élite
— elle illumine toute âme sincère. Jésus l'avait dit : « Celui qui veut être
le plus grand parmi vous sera votre serviteur » (Matthieu 20, 26). La grandeur dans le
Royaume de Dieu se mesure à la serviabilité, non à la prétention.
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MAIS VOUS, BIEN-AIMÉS.
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Après avoir brossé
le portrait des ennemis de la foi, Jude nous offre une réponse constructive, un
chemin lumineux pour le croyant vigilant.
Jude ne se contente pas de dénoncer. Il exhorte, il édifie, il encourage.
Après avoir dressé le sombre tableau des infiltrés, il se tourne vers ses
bien-aimés et dit : « Mais vous, bien-aimés, édifiez-vous sur votre très
sainte foi, priez par le Saint-Esprit, maintenez-vous dans l'amour de Dieu, et
attendez la miséricorde de notre Seigneur Jésus-Christ pour la vie éternelle »
(Jude 1, 20-21).
Voilà notre programme en ces temps de la fin ! Quatre verbes à l’impératif,
quatre piliers pour tenir debout : Édifiez-vous. Priez. Maintenez-vous.
Attendez. Édifiez-vous sur la Parole de Dieu, non sur les théories
humaines. Priez par le Saint-Esprit, non selon les formules creuses.
Maintenez-vous dans l'amour de Dieu, non dans la froide orthodoxie sans
chaleur. Attendez avec foi le retour glorieux de notre Sauveur.
Et pour nos frères égarés, Jude nous enseigne une attitude de
discernement miséricordieux : « Reprenez les uns, ceux qui doutent ;
sauvez-en d'autres en les arrachant du feu ; ayez pitié des autres, avec
crainte » (Jude 1, 22-23).
L'Église de Jésus-Christ est appelée non à la condescendance mais à la
compassion vigilante, au combat dans la prière et dans la vérité.
Et si quelqu'un doute encore de la capacité de Dieu à nous garder dans
cette bataille, que la doxologie finale de Jude l'assure pour toujours : « À
Celui qui peut vous préserver de toute chute et vous faire paraître devant Sa
gloire irréprochables et dans l'allégresse, à Dieu seul notre Sauveur, par
Jésus-Christ notre Seigneur, soient gloire, majesté, force et puissance, dès
avant tous les siècles, et maintenant, et dans tous les siècles des siècles ! »
(Jude 1, 24-25)
Comme l'a si bien exprimé le théologien Karl Barth : « La prière ne
change pas Dieu, mais elle change celui qui prie. » Frères et sœurs, que
notre vigilance soit soutenue par une prière incessante, que notre combat soit
enraciné dans l'amour, et que notre espérance soit ancrée dans la promesse
certaine du retour de notre Seigneur Jésus-Christ.
Aujourd'hui, la Parole de Dieu nous a parlé avec puissance à travers la
lettre de Jude. Nous avons vu défiler devant nos yeux les sept visages du
danger qui menace l'Église en cette fin des temps : les faux enseignants qui
corrompent la doctrine, les hommes à l'apparence pieuse mais sans
transformation intérieure, les jouisseurs qui font de la grâce une licence, les
irrévérencieux qui méprisent les choses saintes, les éternels plaignants qui
empoisonnent la communion, les flatteurs professionnels qui trafiquent la
Vérité, et les prétentieux spirituels qui divisent pour mieux régner.
Mais le message de Jude n'est pas un message de défaite. C'est un appel à
la victoire. C'est un cri de guerre lancé aux soldats de la foi. Veillez !
Discernez ! Résistez ! Édifiez-vous ! Priez ! Et demeurez dans l'amour de Dieu,
car c'est là — et là seulement — que vous trouverez la force de tenir jusqu'à
la fin.
La question qui se pose aujourd'hui à chacun d'entre nous est simple et
urgente : êtes-vous du côté de la Vérité ? Avez-vous édifié votre vie sur le
roc inébranlable de la Parole de Dieu ? Votre foi est-elle vivante, agissante,
transformante ? Si quelque chose en vous répond non ce matin — ou plutôt
aujourd'hui — que ce soit l'heure du retour, de la reddition à Dieu, du
recommencement dans la foi authentique.
Car Celui qui peut vous garder de toute chute est capable, Il est prêt,
Il est fidèle. Confiez-Lui votre foi, votre avenir, votre combat. Et veillons
ensemble, jusqu'à ce que paraisse dans les nuées Celui que nous aimons et que
nous attendons — notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ.
Oh ! Qu'il en soit ainsi. Amen et Amen.