« Va, cache-toi près du torrent de Kerith... Je lui ai
ordonné de te nourrir. »
(1 Rois 17, 3-4 et 9)
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LE TORRENT NOURRICIER.
L'ASSÈCHEMENT NÉCESSAIRE.
LA VEUVE ANNONCÉE.
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Bien-aimés en Jésus-Christ, Frères et
sœurs dans la foi,
- Le silence qui précède la promesse -
Il y a
des saisons où le ciel se ferme, où la pluie refuse de tomber, où la terre se
craquelle sous un soleil sans pitié. Il y a des saisons où l'homme de Dieu
lui-même, celui qui vient d'annoncer la sécheresse aux oreilles d'un roi impie,
se retrouve seul, traqué, sans provision visible, avec pour seul horizon un
torrent et une promesse. C'est ainsi que commence l'histoire d'Élie. Ce n'est
pas une histoire de confort. C'est une histoire de survie suspendue à un fil
invisible — le fil de la Parole de Dieu.
Aujourd'hui,
bien-aimés, je ne viens pas vous raconter une belle légende ancienne. Je viens
vous parler de vous. Je viens vous parler de votre torrent, de votre Kerith, de
cette provision fragile à laquelle vous vous accrochez, sans savoir qu'elle est
déjà, dans le cœur de Dieu, appelée à se tarir pour vous conduire plus loin,
plus haut, vers une Sarepta que vous n'avez pas encore vue.
Voyons donc, tout d'abord, comment Dieu pourvoit à Son
serviteur au bord d'un torrent qu'Il a Lui-même choisi.
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LE TORRENT NOURRICIER.
- Le pain que la loi interdisait -
La
Parole de l'Éternel vint à Élie, et lui dit : « Va, cache-toi près du torrent
de Kerith » (1 Rois 17, 3). Et Dieu ajouta une promesse étrange, presque
scandaleuse : « J'ai ordonné aux corbeaux de te nourrir là » (1 Rois 17, 4).
Des corbeaux ! Ces oiseaux que la loi de Moïse déclarait impurs, que nul prêtre
n'aurait touchés, que nulle table sainte n'aurait accueillis — voilà les
serviteurs que Dieu choisit pour nourrir Son prophète !
Comprenez
ceci, bien-aimés : quand Dieu veut pourvoir, Il ne consulte ni nos préjugés, ni
nos catégories, ni nos convenances religieuses. Il envoie le pain par la main
qu'Il veut, au moment qu'Il veut, de la manière qu'Il veut. Le psalmiste
l'avait déjà chanté : « L'Éternel est mon berger, je ne manquerai de rien »
(Psaume 23, 1). Et Jésus Lui-même, des siècles plus tard, rappellera à ceux qui
doutaient : « Regardez les oiseaux du ciel : ils ne sèment ni ne moissonnent...
et votre Père céleste les nourrit » (Matthieu 6, 26).
Le
philosophe Blaise Pascal, dans sa méditation sur la condition humaine, disait
que l'homme livré à lui-même n'est qu'un roseau, le plus faible de la nature —
mais un roseau pensant, capable de s'élever au-dessus de sa fragilité par la
grandeur de sa pensée et, ajouterions-nous, par la grandeur de sa foi. Ainsi en
est-il d'Élie au bord du torrent : faible, seul, exposé, mais porté par une
provision que sa propre force n'aurait jamais pu produire.
Chaque
matin, chaque soir, sans faute, sans retard, le pain et la viande arrivaient
sur la roche. Et l'eau du torrent coulait, fraîche, généreuse, fidèle. Combien
d'entre vous, aujourd'hui, vivent au bord d'un torrent semblable ? Un emploi
stable. Une santé préservée. Une famille unie. Une grâce quotidienne si
constante que vous avez fini par la considérer comme allant de soi. Vous buvez
à une source que vous n'avez pas creusée. Vous mangez un pain que vous n'avez
pas pétri.
Mais
entendez l'avertissement du prophète, car il est pour vous autant que pour lui
: le torrent n'est jamais la source. Le torrent n'est qu'un canal, un
instrument, une main tendue par la Providence — mais la Source, c'est Dieu
Lui-même, et Lui seul. L'apôtre Paul l'écrira plus tard aux Philippiens avec
une assurance tranquille : « Mon Dieu pourvoira à tous vos besoins selon Sa
richesse, avec gloire, en Jésus-Christ » (Philippiens 4, 19). Remarquez : ce
n'est pas le torrent qui pourvoit — c'est Dieu qui pourvoit, et le torrent
n'est que le vase choisi pour un temps.
Ne
confondez donc plus jamais le don et le Donateur. Ne confondez plus jamais le
canal et la Source. Car le jour où votre torrent commencera à baisser — et il
baissera, car rien de créé n'est éternel — vous découvrirez enfin si votre foi
reposait sur l'eau qui coule... ou sur Celui qui commande à toutes les eaux de
la terre.
Mais voici que le ciel se referme, et que l'eau qui
coulait hier vient à manquer aujourd'hui.
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L'ASSÈCHEMENT NÉCESSAIRE.
- Quand le don devient une idole -
Et
voici que le texte sacré nous livre, avec une sobriété terrible, cette phrase
que nul commentateur ne pourra adoucir : « Quelque temps après, le torrent
tarit, car il n'y avait point de pluie dans le pays » (1 Rois 17, 7). Le
torrent tarit ! Le lieu même que Dieu avait choisi pour nourrir Son serviteur
devient, sous la main de ce même Dieu, le lieu où la provision se retire !
Ne
vous y trompez pas, bien-aimés : ce n'est ni un accident du ciel, ni un oubli
de la providence divine. C'est Dieu Lui-même, dans Sa souveraineté absolue, qui
referme le robinet qu'Il avait Lui-même ouvert. Car le Dieu qui donne la pluie
est aussi le Dieu qui la retient, selon Son propre dessein, pour Ses propres
fins, que nous ne comprenons pas toujours sur le moment.
Pourquoi,
me demanderez-vous, Dieu assécherait-Il ce qu'Il a Lui-même établi ? Je vous
réponds, avec toute la gravité que ce mystère commande : parce qu'il existe des
saisons où Dieu doit assécher notre torrent pour nous empêcher d'y bâtir notre
demeure définitive ! Il existe des saisons où le confort se transforme en idole
silencieuse, où la provision d'hier devient l'obstacle de demain, où nous nous
installons si paisiblement au bord de notre Kerith que nous en oublions
Sarepta, que nous en oublions la mission, que nous en oublions le monde qui
périt de faim tout autour de nous pendant que nous, tranquillement, nous
désaltérons.
Antoine
de Saint-Exupéry, dans ses récits du désert, confiait que ce qui embellit le
désert, c'est qu'il cache quelque part un puits. Ainsi en est-il, bien-aimés,
de nos propres déserts spirituels : ils ne paraissent arides que parce que la
source qu'ils dissimulent n'a pas encore été révélée à nos yeux. Le prophète
Ésaïe l'annonçait déjà à Israël exilé : « Je vais faire une chose nouvelle...
je mettrai un chemin dans le désert, et des fleuves dans la solitude » (Ésaïe
43, 19). Le désert n'est jamais la fin de l'histoire de Dieu — il en est
souvent le commencement caché.
Oh, je
sais que cela fait mal ! Je sais que certains d'entre vous, aujourd'hui même,
regardent leur torrent diminuer goutte après goutte, et que la peur monte en
eux comme une marée sombre, et que le doute chuchote à leur oreille : « Dieu
m'a-t-Il abandonné ? M'a-t-Il oublié au bord d'un fleuve mort ? »
Non !
Mille fois non ! Écrivez cela dans votre cœur ce jour : l'assèchement n'est pas
l'abandon — l'assèchement est l'annonce d'un déplacement voulu par Dieu
Lui-même ! L'Éternel ne ferme jamais une porte sans en avoir déjà, dans Son
éternité, ouvert une autre, plus loin, que vos yeux ne voient pas encore.
L'apôtre Paul, depuis sa prison, pouvait écrire avec une assurance inébranlable
: « Nous savons que toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu »
(Romains 8, 28). Toutes choses — même l'assèchement d'un torrent !
Le
torrent se tait, bien-aimés, précisément pour que la Parole, elle, se fasse
enfin entendre avec clarté : « Lève-toi, va à Sarepta ! »
Et pourtant, avant même que la dernière goutte ne
s'évapore, la parole du Seigneur courait déjà vers Sarepta.
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LA VEUVE ANNONCÉE.
- Une farine qui ne s'épuise jamais -
Et
c'est ici, bien-aimés, que la foi devient prophétique, que l'obéissance devient
un acte de guerre spirituelle contre le désespoir ! Car avant même que le
dernier filet d'eau ne disparaisse du lit du torrent, la Parole de l'Éternel
était déjà venue à Élie : « Lève-toi, va à Sarepta, qui appartient à Sidon, et
demeures-y ; voici, j'y ai ordonné à une femme veuve de te nourrir » (1 Rois
17, 9).
Ordonné
! Entendez bien ce mot, car il porte en lui tout le mystère de la providence
divine : avant même que le besoin n'existe formellement dans la vie d'Élie, la
provision était déjà commandée dans le cœur d'une veuve étrangère, une femme
d'un pays impie, d'une ville consacrée aux idoles de Baal ! Avant que le
torrent ne se taise, cette veuve avait déjà reçu, dans le secret de sa
conscience, un ordre qu'elle-même ne comprenait pas encore.
Voilà
notre Dieu, frères et sœurs ! Il ne réagit jamais à nos crises comme un pompier
surpris par l'incendie — Il les a déjà anticipées de toute éternité, dans le
conseil secret de Sa sagesse. Quand votre torrent commence à s'assécher, votre
Sarepta, quelque part sur cette terre, est déjà en préparation ! Votre
pourvoyeur, votre miracle, votre délivrance ont déjà reçu leurs instructions
divines avant même que vous n'ayez formulé votre prière la plus désespérée. Le
prophète Jérémie le confirmait au peuple exilé : « Je connais les projets que
j'ai formés sur vous, dit l'Éternel, projets de paix et non de malheur, pour
vous donner un avenir et une espérance » (Jérémie 29, 11).
Alexandre
Soljenitsyne, qui traversa la nuit glaciale du Goulag et en revint pour
témoigner, gardait cette conviction inébranlable : une seule parole de vérité
peut peser plus lourd que tout un système qui semble tout-puissant. De même,
bien-aimés, une seule promesse sortie de la bouche de Dieu pèse infiniment plus
lourd que le plus grand de vos torrents asséchés !
Alors
ne pleurez plus sur le torrent qui se tait — levez-vous, comme Élie se leva
sans discuter, sans négocier, sans demander de garanties ! Marchez vers votre
Sarepta, même si, à première vue, elle semble habitée par une pauvreté plus
grande encore que la vôtre — une veuve qui n'a, elle-même, qu'une poignée de
farine dans un pot et un peu d'huile dans une cruche ! Car là où Dieu vous
envoie, la promesse tient toujours : « La farine qui est dans le pot ne
manquera point, et l'huile qui est dans la cruche ne diminuera point, jusqu'au
jour où l'Éternel fera tomber la pluie sur la face du sol » (1 Rois 17, 14).
Jacques le rappellera plus tard à l'Église naissante : « Toute grâce excellente
et tout don parfait descendent d'en haut, du Père des lumières » (Jacques 1,
17).
Aujourd'hui,
votre torrent se tarit peut-être sous vos yeux. Votre emploi vacille peut-être.
Votre santé décline peut-être. Votre foyer, votre église, votre ministère
traverse peut-être le désert le plus aride que vous ayez jamais connu dans
toute votre existence.
Mais
je vous le déclare, avec toute l'autorité que la Parole de Dieu me confère : le
Seigneur ne vous a pas oubliés au bord d'un torrent mort ! Il vous conduit, en
ce moment même, vers Sarepta !
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- Le choix de ce jour -
Alors,
bien-aimés en Jésus-Christ, que ferez-vous aujourd'hui ?
Resterez-vous
assis, immobiles, au bord d'un torrent asséché, à pleurer sur ce qui fut, à
maudire un ciel qui semble s'être définitivement fermé au-dessus de votre tête
? Ou vous lèverez-vous, comme Élie se leva, dans l'obéissance nue, dans la foi
qui marche avant même de voir, dans l'espérance qui chante avant même que la
délivrance ne se manifeste ?
Je
vous le dis avec toute la ferveur de mon cœur : le Dieu qui nourrit Son
prophète par des corbeaux impurs, le Dieu qui multiplia la farine dans la
maison d'une veuve étrangère, ce Dieu-là est le même hier, aujourd'hui, et
éternellement (Hébreux 13, 8). Il n'a pas changé ! Il ne changera jamais ! Ses
voies dépassent nos voies, et Ses pensées dépassent nos pensées, mais Sa
fidélité, elle, demeure inébranlable de génération en génération.
Que
celui qui sent son torrent s'assécher se lève maintenant, dans cette salle,
dans son cœur, devant Dieu ! Que celui qui redoute l'avenir remette,
aujourd'hui même, son avenir tout entier entre les mains de Celui qui a déjà
préparé sa Sarepta avant même la fondation du monde ! Ne restez pas prisonniers
du torrent tari — levez-vous, et marchez résolument vers la promesse !
Debout,
enfants de Dieu ! La farine ne s'épuisera pas ! L'huile ne manquera pas ! Le
Seigneur qui commence une bonne œuvre en vous saura la conduire jusqu'au jour
de son achèvement ! Levez-vous, sortez de votre Kerith desséché, et marchez,
dès aujourd'hui, vers la Sarepta que Dieu a déjà préparée pour vous !
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Oh ! Qu'il en soit ainsi. Amen et Amen.