« Reste avec
nous, car le soir approche, et le jour est sur son déclin. »
(Luc 24, 29)
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« Voici, Je
suis avec vous tous les jours, jusqu'à la fin du monde. »
(Matthieu 28,
20)
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LA PRÉSENCE
NÉCESSAIRE.
LA PRÉSENCE
VICTORIEUSE.
LA PRÉSENCE
ÉTERNELLE.
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Bien-aimés en Jésus-Christ ; Frères et sœurs
dans la foi,
Il est un
chemin, entre Jérusalem et Emmaüs, que beaucoup d'entre nous ont déjà parcouru
sans le savoir. Deux hommes y marchaient, autrefois, le pas lourd et le regard
éteint, portant dans leur poitrine le poids d'un tombeau qu'ils avaient cru
définitif. Ils avaient espéré. Ils avaient cru que Celui-là allait délivrer
Israël. Et voici que le troisième jour se levait sur leurs illusions brisées,
sur leurs rêves ensevelis sous une pierre trop lourde à rouler. Le soleil,
lentement, déclinait derrière les collines de Judée — et avec lui, semblait-il,
toute espérance.
Combien d'entre
nous, Aujourd'hui, connaissent cette route-là ? Le chemin où l'on marche sans
force, où l'on parle sans se comprendre, où l'on porte un deuil que nul ne
devine, une trahison que nul ne soupçonne, une maladie qui ronge en silence,
une solitude que les mots ne savent plus dire ? Le soir approche. Le jour est
sur son déclin. Et l'âme, comme les disciples sur cette route poussiéreuse,
sent la nuit se refermer, lentement, inexorablement, sur ce qui lui restait
d'espérance.
Mais voici
qu'un Étranger s'approche. Il marche à leurs côtés. Il écoute leur douleur
avant de la guérir. Et lorsque le soir tombe, lorsque leurs pieds fatigués
atteignent enfin le seuil de leur maison, une supplique jaillit de leur cœur,
une supplique qui résonne encore Aujourd'hui à travers les siècles comme le cri
le plus universel de l'âme humaine : « Reste avec nous, car le soir approche,
et le jour est sur son déclin » (Luc 24, 29). Ce cri, mes bien-aimés, n'est pas
de circonstance. Il est de toujours. Car ce que ces deux disciples ont compris
sur cette route, c'est que sans Sa présence, même l'auberge la plus sûre
demeure un lieu d'exil ; et qu'avec Sa présence, même la nuit la plus noire
devient une veillée bénie.
C'est cette
double vérité que Nous voulons méditer ensemble Aujourd'hui : pourquoi la
présence de Christ nous est-elle si nécessaire, comment devient-elle en Nous
une force victorieuse, et en quoi est-elle, enfin, notre espérance éternelle ?
Il en va de
même, mes bien-aimés, pour chacun de nous. Nul n'échappe, dans le cours d'une
existence, à ces soirs qui tombent plus vite que prévu, à ces jours qui
déclinent avant même d'avoir donné tout leur fruit. Le deuil d'un être cher,
l'annonce d'une maladie, la trahison d'un ami, la lassitude d'un combat trop
long : voilà les mille visages de ce soir qui approche, et devant lesquels
toute sagesse humaine se révèle, tôt ou tard, insuffisante.
Voyons
d'abord pourquoi cette présence n'est ni un supplément d'âme ni un luxe de
dévots, mais la nécessité la plus vitale de notre existence, particulièrement
lorsque l'obscurité menace de tout engloutir.
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LA
PRÉSENCE NÉCESSAIRE.
- Dans les ténèbres, une lumière -
Il faut le dire
sans détour : il existe des heures où l'obscurité n'est pas seulement
extérieure, mais s'infiltre jusque dans les profondeurs de l'âme. Le psalmiste
connaissait cette obscurité lorsqu'il écrivait, non par bravade, mais par
expérience vécue : « L'Éternel est ma lumière et mon salut : de qui aurais-je
crainte ? » (Psaume 27, 1). Notez bien que David ne nie pas l'existence de la
crainte ; il affirme simplement qu'elle n'a plus de pouvoir sur celui dont
l'Éternel est devenu la lumière.
Saint Augustin,
cet homme qui avait cherché la vérité dans tous les recoins de la philosophie
païenne avant de La trouver en Christ, l'a confessé avec une lucidité
bouleversante : « Notre cœur est sans repos, tant qu'il ne repose en Toi. »
Cette parole, vieille de seize siècles, n'a rien perdu de son actualité : tout
cœur humain, quelle que soit l'époque, cherche un lieu de repos que ni la
richesse, ni la réussite, ni même la religion ne peuvent offrir — seule la
présence de Christ le peut véritablement.
Et c'est
précisément ce que Jésus est venu proclamer : « Je suis la lumière du monde ;
celui qui Me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais il aura la lumière de
la vie » (Jean 8, 12). Remarquez la promesse : non pas l'absence de nuit, mais
la présence d'une lumière au cœur même de la nuit. Christ ne Nous promet pas un
chemin sans ombre ; Il Se promet Lui-même comme lumière sur le chemin.
- Dans la mort, une vie -
Mais la
présence de Christ ne se contente pas d'éclairer nos ténèbres ; elle Nous
communique une vie que rien d'autre ne peut donner. Jésus l'a enseigné à Ses
disciples avec une image d'une simplicité désarmante : « Demeurez en Moi, et Je
demeurerai en vous. Comme le sarment ne peut de lui-même porter du fruit, s'il
ne demeure attaché au cep, ainsi vous ne le pouvez non plus, si vous ne
demeurez en Moi » (Jean 15, 4-5). Un sarment coupé du cep ne meurt pas
immédiatement ; il se dessèche lentement, silencieusement, jusqu'à ce que son
inutilité devienne visible à tous. Ainsi en va-t-il de l'âme privée de la
présence de Christ.
C'est pourquoi
l'apôtre Paul pouvait s'écrier avec une joie non feinte : « Si quelqu'un est en
Christ, il est une nouvelle création. Les choses vieilles sont passées ; voici,
toutes choses sont devenues nouvelles » (2 Corinthiens 5, 17). La présence de Christ
ne rafistole pas une vieille vie ; elle en crée une nouvelle. Et à ceux qui
somnolent encore dans leurs vieilles habitudes, l'Écriture lance cet appel
vibrant : « Réveille-toi, toi qui dors, relève-toi d'entre les morts, et Christ
t'éclairera » (Éphésiens 5, 14).
Mais
cette présence nécessaire ne se limite pas à dissiper nos ténèbres intérieures
; elle Nous arme aussi pour la bataille, et transforme même nos jours d'épreuve
en occasions de gloire.
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LA
PRÉSENCE VICTORIEUSE.
- Dans le combat, une victoire -
Aucun croyant
sincère n'échappe au combat. L'apôtre Paul le savait, lui qui exhortait les
Éphésiens en ces termes : « Fortifiez-vous dans le Seigneur, et par Sa force
toute-puissante. Revêtez-vous de toutes les armes de Dieu, afin de pouvoir
tenir ferme contre les ruses du diable » (Éphésiens 6, 10-11). Remarquez que
l'armure n'est jamais présentée comme une garantie automatique ; elle suppose
une présence, un appui, une force qui n'est pas la nôtre. Seuls, Nous sommes
vaincus d'avance ; revêtus de Christ, Nous sommes déjà vainqueurs.
C'est pourquoi
Jacques Nous donne cette instruction d'une redoutable simplicité : «
Soumettez-vous donc à Dieu ; résistez au diable, et il fuira loin de vous »
(Jacques 4, 7). Ce n'est pas Notre courage qui fait fuir l'ennemi ; c'est notre
soumission à Celui dont la présence rend l'ennemi impuissant. Le psalmiste
l'avait déjà chanté : « Dieu est pour nous un refuge et un appui, un secours
qui ne manque jamais dans la détresse » (Psaume 46, 2).
Corrie ten
Boom, cette femme qui avait connu l'horreur des camps de concentration nazis
pour avoir caché des Juifs, a pu témoigner, au sortir même de cet abîme
d'inhumanité, d'une vérité éprouvée dans sa propre chair : « Il n'y a pas de
fond si profond que Christ ne soit encore plus profond. » Voilà le secret de
toute victoire spirituelle : non l'absence de combat, mais la présence, au cœur
même du combat, de Celui qui a déjà vaincu.
- Dans l'épreuve, une constance -
Mais la
présence de Christ ne Nous accompagne pas seulement dans le combat contre
l'adversaire ; elle Nous soutient aussi dans les épreuves ordinaires de la vie,
celles où aucun ennemi visible n'est en cause, mais où la douleur, la maladie
ou le deuil suffisent à ébranler l'âme la plus solide. L'apôtre Paul, qui
connut la prison, le naufrage et la faim, pouvait pourtant écrire : « J'ai
appris à être content de l'état où je me trouve. Je sais vivre dans
l'humiliation, et je sais vivre dans l'abondance… Je puis tout par Celui qui me
fortifie » (Philippiens 4, 11-13).
Cette constance
n'est pas le fruit d'un tempérament exceptionnel ; elle est le fruit d'une
promesse à laquelle Paul s'accrochait fermement : « Toutes choses concourent au
bien de ceux qui aiment Dieu » (Romains 8, 28). Et lorsque l'épreuve prend le
visage même de la mort, le psalmiste chante encore : « Quand je marche dans la
vallée de l'ombre de la mort, je ne crains aucun mal, car Tu es avec moi »
(Psaume 23, 4). Remarquez bien : ce n'est pas l'absence de vallée qui est
promise, mais la présence d'un compagnon dans la vallée.
Remarquons
enfin que cette constance n'est jamais présentée, dans l'Écriture, comme une
résignation stoïque. Elle est une joie active, une paix qui déborde même au
sein de l'orage. C'est pourquoi le même Paul qui parlait d'apprendre le
contentement pouvait, du fond d'une prison, exhorter les Philippiens à se
réjouir toujours dans le Seigneur — non parce que les circonstances le
méritaient, mais parce que la présence du Seigneur, elle, ne varie jamais.
Et
si cette présence Nous accompagne dans les combats et les épreuves d'ici-bas,
qu'en est-il de l'heure suprême, celle où tout combat cesse et où le pèlerinage
touche enfin à sa fin ?
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LA
PRÉSENCE ÉTERNELLE.
- Au seuil de l'éternité -
Vient un jour,
pour chacun de nous, où la route s'achève. Jésus le savait, et c'est pourquoi
Il a voulu, avant même que ce jour n'arrive, apaiser le cœur de Ses disciples
par une promesse d'une tendresse infinie : « Que votre cœur ne se trouble
point. Croyez en Dieu, et croyez en Moi… Je vais vous préparer une place. Et,
lorsque Je m'en serai allé, et que Je vous aurai préparé une place, Je
reviendrai, et Je vous prendrai avec Moi, afin que là où Je suis, vous y soyez
aussi » (Jean 14, 1-3). Voilà l'ultime réponse à la supplique d'Emmaüs : Celui
qu'on suppliait de rester un soir Se révèle être Celui qui prépare une demeure
pour l'éternité.
Michel de
Montaigne, ce sage du seizième siècle qui avait longuement médité sur notre
condition mortelle, écrivait dans ses Essais une phrase que bien des chrétiens
auraient pu signer : « Qui apprend à mourir, désapprend à servir. » Il voulait
dire par là que celui qui a fait la paix avec la mort cesse d'en être
l'esclave. Or, mes bien-aimés, c'est exactement ce que la présence de Christ
accomplit en Nous : elle désarme la mort de sa terreur, car elle Nous assure
que ce passage n'est pas une chute dans le néant, mais une entrée dans la
présence même de Notre Seigneur.
L'apôtre Paul,
au soir de sa vie, dans une geôle romaine, pouvait écrire sans trembler : « Le
moment de mon départ approche. J'ai combattu le bon combat, j'ai achevé la
course, j'ai gardé la foi. Désormais, la couronne de justice m'est réservée »
(2 Timothée 4, 6-8). Ce n'est pas l'assurance d'un homme sans crainte naturelle
; c'est l'assurance d'un homme qui a vécu toute sa vie dans la présence de
Celui qui ne l'abandonnerait pas à l'heure du grand passage.
- La promesse qui ne faillit jamais -
Et voici, pour
finir, la promesse la plus vaste, la plus englobante, celle qui couvre chaque
heure d'obscurité, chaque combat, chaque épreuve, chaque joie et jusqu'au
dernier souffle : « Voici, Je suis avec vous tous les jours, jusqu'à la fin du
monde » (Matthieu 28, 20). Tous les jours. Pas seulement les jours de lumière,
mais aussi les jours de déclin. Pas seulement les matins triomphants, mais
aussi les soirs qui menacent. L'auteur de l'épître aux Hébreux Nous le confirme
avec la même force : « Je ne te délaisserai point, et je ne t'abandonnerai
point » (Hébreux 13, 5).
Voilà pourquoi
le cri des disciples d'Emmaüs n'est pas resté sans réponse, et ne reste jamais
sans réponse pour quiconque Le pousse avec sincérité. Dans l'obscurité, Il est
notre lumière. Pour renouveler notre vie spirituelle, Il est notre sève. Dans
le combat contre l'ennemi, Il est notre victoire. Au milieu des joies comme des
souffrances, Il est notre constance. Et jusqu'au dernier souffle, jusque dans
l'éternité, Il est la demeure vers laquelle Nous marchons.
Mes bien-aimés,
le soir approche peut-être Aujourd'hui dans votre vie. Le jour est peut-être
sur son déclin — un déclin de santé, un déclin de force, un déclin d'espérance.
Mais la même supplique qui montait des lèvres des disciples d'Emmaüs peut
monter des vôtres, et la même réponse qui les a rejoints à leur table les
rejoindra jusque dans l'éternité : Reste avec nous, Seigneur, reste avec nous !
Dans les heures d'obscurité, reste avec nous. Pour renouveler notre vie, reste
avec nous. Dans nos combats, reste avec nous. Au milieu de nos joies comme de
nos souffrances, reste avec nous. Et jusqu'au dernier souffle, reste avec nous
— car Toi seul as la promesse de rester à jamais.
Oh ! Qu'il en
soit ainsi. Amen et Amen.