« Il l’a
déployée en Christ, en Le ressuscitant des morts, et en Le faisant asseoir à sa
droite
Dans les lieux
célestes, au-dessus de toute domination, de toute autorité, de toute puissance,
De toute
dignité, et de tout nom qui se peut nommer, non seulement dans le siècle
présent,
Mais encore
dans le siècle à venir.
Il a tout mis
sous ses pieds, et Il l’a donné pour chef suprême à l’Église,
Qui est son
corps, la plénitude de Celui qui remplit tout en tous. »
Éphésiens 1 :
20–23.
Le Chef
Suprême.
Le Roi
Couronné et Son Église.
La Souveraineté du Christ Ressuscité et Exalté.
Il existe une
question que l'histoire de l'humanité n'a jamais cessé de poser, et que chaque
génération reformule à sa façon : Qui gouverne vraiment ? Qui détient le
pouvoir ultime ? Derrière les empires qui se lèvent et qui s'effondrent,
derrière les idéologies qui enflamment les foules puis disparaissent, derrière
les puissances visibles et les forces invisibles qui semblent parfois dicter le
cours des événements — qui tient réellement les rênes de l'histoire ?
Le monde
propose ses réponses. L'homme fort du moment. La puissance économique
dominante. Les structures invisibles du pouvoir que les théoriciens tentent de
cartographier sans jamais tout à fait y parvenir. Et dans les périodes de crise
— quand les certitudes s'effondrent, quand les institutions vacillent, quand ce
qui semblait solide se révèle fragile — cette question revient avec une urgence
redoublée : Y a-t-il quelqu'un qui gouverne ? Y a-t-il quelqu'un qui tient ?
Paul répond.
Et sa réponse n'est pas une philosophie, pas une idéologie, pas un programme
politique. C'est un nom. Un événement. Une réalité historique et cosmique à la
fois — la résurrection et l'exaltation de Jésus-Christ à la droite du Père.
Ces quatre
versets d'Éphésiens 1 constituent l'un des sommets théologiques de toute
l'Écriture. Paul vient de prier pour que les croyants connaissent la
grandeur infinie de la puissance de Dieu envers ceux qui croient — et
maintenant il leur en donne la démonstration suprême. Non pas dans les étoiles.
Non pas dans un miracle spectaculaire. Mais dans un tombeau vide, un matin de
Pâques, et dans un trône occupé depuis lors par Celui qui était mort et qui est
vivant pour les siècles des siècles.
Quatre
mouvements dans ce passage. Quatre affirmations que Paul enchaîne avec la
logique souveraine de quelqu'un qui contemple une réalité qui le dépasse — et
qui veut, par-dessus tout, que ses lecteurs la saisissent aussi.
1.
La résurrection :
La puissance de Dieu prouvée en Jésus-Christ
Éphésiens 1 :20
; Romains 1 :4 ; Actes 2 :24 ; 1 Corinthiens 15 :20-22.
« Il l'a
déployée en Christ, en Le ressuscitant des morts. »
Paul vient de
parler d'une puissance dont il ne trouve pas assez de mots pour la décrire — il
a empilé quatre termes grecs différents pour tenter de la cerner. Et maintenant
il dit : vous voulez savoir à quoi ressemble cette puissance ? Regardez le
tombeau de Joseph d'Arimathie, le matin du premier jour de la semaine. La
puissance dont je parle, c'est celle qui a arraché Jésus à la mort.
La
résurrection n'est pas simplement le point final d'une belle histoire. Ce n'est
pas un symbole, une métaphore ou un encouragement spirituel. C'est un événement
— un événement qui a eu lieu dans l'espace et dans le temps, qui a laissé un
tombeau vide, qui a transformé des disciples terrifiés et dispersés en témoins
prêts à mourir pour ce qu'ils avaient vu. Et cet événement est, selon Paul, la
démonstration la plus haute de ce qu'est la puissance de Dieu.
Pourquoi la
résurrection est-elle la preuve suprême ? Parce que la mort est l'ennemi
ultime. La mort est la frontière que rien ni personne — dans toute l'histoire
de l'humanité — n'a pu franchir en sens inverse par sa propre puissance. Les
hommes ont vaincu des armées. Ils ont conquis des continents. Ils ont bâti des
civilisations et maîtrisé des forces naturelles. Mais devant la mort, toute
puissance humaine s'arrête. Elle est le mur que personne ne passe.
Actes 2 :24
dit quelque chose de saisissant — que Dieu a ressuscité Christ en le
délivrant des douleurs de la mort, parce qu'il n'était pas possible qu'il fût
retenu par elle. Pas possible. La mort a essayé de tenir le Fils de Dieu.
Elle n'a pas pu. Comme si l'on tentait d'emprisonner le soleil dans une boîte —
l'idée elle-même contient sa propre absurdité. La vie par essence ne peut pas
être vaincue par la mort de façon permanente.
Et voici ce
que Paul veut que les croyants comprennent — et c'est ce qui fait de ce verset
bien plus qu'une affirmation historique : c'est cette même puissance qui est
à l'œuvre en nous qui croyons. Ce n'est pas une puissance réservée à
Pâques, réservée au Christ, réservée à l'événement fondateur. C'est une
puissance qui opère maintenant, aujourd'hui, dans chaque croyant. La puissance
qui a vaincu la mort est la puissance qui vous habite.
Ce que cela
implique est renversant. Il signifie que devant votre tentation récurrente, la
puissance de la résurrection est disponible. Devant votre épreuve qui s'étire,
devant votre deuil, devant votre combat intérieur qui dure depuis trop
longtemps — la même énergie divine qui a soulevé le Christ d'entre les morts
est à votre disposition. Non pas une puissance diminuée, une version réduite,
une fraction de ce qu'elle était. La même. Identique. Intégrale.
La
résurrection n'est pas un souvenir à commémorer. C'est une puissance à expérimenter.
Mais cette
résurrection ne s'est pas arrêtée au tombeau vide. Elle a conduit à quelque
chose d'encore plus grand — une exaltation qui a changé l'ordre cosmique de
l'univers.
2.
L'exaltation :
L’autorité du Christ établie au-dessus de tout.
Éphésiens 1 :20-21
; Philippiens 2 :9-11 ; Hébreux 1 :3-4 ; 1 Pierre 3 :22.
« En Le
faisant asseoir à Sa droite dans les lieux célestes, au-dessus de toute
domination, de toute autorité, de toute puissance, de toute dignité, et de tout
nom qui se peut nommer, non seulement dans le siècle présent, mais encore dans
le siècle à venir. »
Assis. Ce
détail mérite qu'on s'y arrête. Dans le Temple de l'Ancienne Alliance, il n'y
avait pas de siège pour les sacrificateurs. Ils se tenaient debout — parce que
leur travail n'était jamais terminé. Chaque jour, de nouveaux sacrifices.
Chaque jour, une dette à régler, une impureté à couvrir, un péché à expier. Le
prêtre ne s'asseyait pas parce que l'œuvre n'était pas accomplie.
Mais l'Épître
aux Hébreux nous dit que Christ, après avoir offert pour les péchés un seul
sacrifice à perpétuité, s'est assis à la droite de Dieu. Il s'est assis.
Parce que l'œuvre est accomplie. Parce que le prix est payé en totalité. Parce
que là où le sacrificateur humain restait debout dans l'insuffisance
perpétuelle de ses offrandes, le Grand Souverain Sacrificateur s'est assis dans
la plénitude d'une rédemption parfaite et définitive.
Et il n'est
pas assis n'importe où. Il est assis à la droite de Dieu — la position
de la puissance maximale, de l'autorité souveraine, de la prérogative royale.
Dans les cours des rois de l'Antiquité, s'asseoir à la droite du souverain
signifiait partager son pouvoir, exercer son autorité, parler en son nom avec
toute la force de sa couronne. Christ est à cette place-là — non pas
temporairement, non pas provisoirement, mais pour l'éternité.
Et Paul
précise la portée de cette autorité avec une liste qui commence déjà à prendre
le souffle : toute domination, toute autorité, toute puissance, toute
dignité, tout nom qui se peut nommer. Ces termes désignent dans le monde
antique — et notamment dans la cosmologie juive de l'époque — les différentes
catégories d'êtres et de pouvoirs qui structurent l'univers. Les puissances
angéliques. Les royaumes spirituels. Les autorités humaines. Les forces
cosmiques. Tout ce qui, dans le visible et dans l'invisible, détient une forme
de pouvoir.
Et Paul dit :
Christ est au-dessus de tout cela. Pas légèrement supérieur. Pas premier
parmi des égaux. Au-dessus — d'une supériorité absolue, d'une transcendance qui
ne souffre aucune concurrence. Philippiens 2 :9-10 le formule avec cette
puissance rythmique que l'on sent même dans la traduction : Dieu l'a
souverainement élevé, et lui a donné le nom qui est au-dessus de tout nom, afin
qu'au nom de Jésus tout genou fléchisse, dans les cieux, sur la terre et sous
la terre.
Tout genou.
Celui des êtres célestes. Celui des puissants de la terre. Celui des puissances
des ténèbres. Un jour — le jour que Dieu a fixé dans Son calendrier souverain —
toute forme d'autorité, quelle que soit sa nature, rendra hommage à Celui qui
est assis à la droite du Père.
Non seulement
dans le siècle présent, mais encore dans le siècle à venir. Paul prend soin de couvrir tous les horizons temporels. Cette autorité
n'est pas une réalité provisoire — elle ne sera pas remplacée par une puissance
plus forte à venir. Elle ne cessera pas. Elle ne sera pas contestée avec
succès. Le siècle présent, avec toutes ses turbulences, ses puissances et ses
prétentions — Christ est au-dessus. Le siècle à venir, avec tout ce qu'il
recèle d'inconnu pour nous — Christ est au-dessus déjà. Son autorité est de
l'ordre de l'éternité.
Ce n'est pas
une autorité que le croyant espère un jour — c'est une réalité qui existe
maintenant, et sur laquelle il peut s'appuyer dès aujourd'hui.
Et cette
autorité cosmique, ce règne qui s'étend sur tout l'univers visible et invisible
— elle a un rapport direct avec l'Église. C'est là que Paul introduit le
tournant le plus stupéfiant de ce passage.
3.
La royauté :
Le Christ souverain donné comme tête à Son Église.
Éphésiens. 1 :22-23
; Colossiens 1 :18 ; Jean 17 :22-23 ; Matthieu 16 :18.
« Il a tout
mis sous ses pieds, et Il l'a donné pour chef suprême à l'Église, qui est son
corps, la plénitude de Celui qui remplit tout en tous. »
Il a tout mis
sous ses pieds. L'image est celle du conquérant victorieux qui
pose le pied sur la nuque de l'ennemi vaincu — une image de domination totale,
utilisée dans les Psaumes pour décrire la victoire royale de l'oint de Dieu.
David l'avait anticipée dans le Psaume 110 : « Assieds-toi à Ma droite,
jusqu'à ce que Je fasse de tes ennemis ton marchepied. » Ce que le
roi-poète avait prophétisé dans les profondeurs de l'Esprit, Paul dit ici qu'il
est accompli. Les ennemis sont sous ses pieds. La victoire est acquise.
Mais ce qui
suit est d'une tendresse presque inattendue dans ce contexte de puissance
absolue. Ce Roi cosmique, ce Souverain au-dessus de tout nom, ce Vainqueur dont
tous les ennemis sont sous les pieds — Dieu L'a donné. Non pas imposé.
Non pas assigné. Donné — le mot est celui du cadeau, de la grâce, de la
faveur accordée librement. Et à qui a-t-Il été donné ? À l'Église.
Arrêtons-nous
ici un instant, parce que la portée de cette affirmation est proprement
renversante. L'Être le plus puissant de l'univers — Celui qui règne sur les
anges et les archanges, sur les trônes et les dominations, sur toute puissance
céleste et terrestre — a été donné à une communauté de croyants
imparfaits, souvent divisés, parfois défaillants, traversant leurs propres
obscurités. Ce Roi n'est pas seulement le Roi de l'univers. Il est leur
Roi. Il leur appartient, d'une façon mystérieuse et indissoluble. Il s'est lié
à eux.
Et Paul va
encore plus loin avec une image qui a scandalisé les théologiens pendant des
siècles — au bon sens du terme, celui qui force à s'arrêter et à contempler.
L'Église est appelée Son corps. Pas seulement Son institution. Pas
seulement Son organisation. Son corps. Avec tout ce que cela implique de
relation intime, d'union vitale, d'interdépendance organique.
Le corps ne
peut pas vivre sans la tête. Et la tête — dans l'image que Paul emploie — n'est
pas simplement un organe parmi d'autres qui dirige les autres : elle est la
source de la vie, le centre de la volonté, le principe unificateur de tout
l'organisme. Christ est cela pour l'Église. Ce n'est pas l'Église qui donne sa
vie à Christ — c'est Christ qui donne Sa vie à l'Église. Ce n'est pas l'Église
qui définit sa mission et invite Christ à la soutenir — c'est Christ qui
définit Sa mission et déploie Son Église pour l'accomplir.
L'Église n'est
pas dirigée par une idéologie, par un programme, par un protocole
institutionnel. Elle est dirigée par une Tête vivante — une Tête
ressuscitée, exaltée, régnante. Ce que cela signifie pour la vie concrète de
toute assemblée est d'une profondeur inépuisable. Cela signifie que l'Église
n'est jamais réduite à ce que ses membres humains peuvent produire par leurs
propres forces. Elle a accès à la ressource infinie de Celui qui la dirige — à
Sa sagesse, à Sa puissance, à Son amour.
Et Paul ajoute
le terme le plus audacieux de tout ce passage : l'Église est la plénitude de
Celui qui remplit tout en tous. La plénitude. Ce mot-là a fait couler
beaucoup d'encre, et à juste titre — car il désigne ce qui remplit, ce qui
complète, ce qui accomplit. Dans un sens, l'Église est ce à travers quoi Christ
manifeste Sa plénitude dans le monde. Elle est le lieu, le vecteur,
l'instrument par lequel Celui qui remplit tout en tous choisit de Se rendre
visible et tangible dans l'histoire humaine.
Ce n'est pas
un compliment adressé à l'Église pour lui faire oublier ses faiblesses. C'est
une vocation — exigeante, vertigineuse — qui la place au cœur du projet de Dieu
pour le monde. L'Église n'est pas une structure parmi d'autres dans le tissu de
la société humaine. Elle est le corps du Roi des rois, l'instrument de la
plénitude divine, la communauté à travers laquelle le Seigneur de l'univers
choisit d'agir dans le monde.
L'Église est
petite aux yeux du monde, mais elle est grande aux yeux de Celui qui la dirige
— parce qu'elle est habitée par Celui qui remplit tout en tous.
Bien-aimés en
Jésus-Christ ; Frères Sœurs dans la foi,
Ephésiens 1 :20-23
est comme une montagne dont on découvre l'altitude en la gravissant. Au pied,
on voit le tombeau vide — la puissance de Dieu prouvée dans la résurrection. En
montant, on aperçoit le trône — l'autorité de Christ établie au-dessus de tout
nom, de toute puissance, de tout ce qui existe. Et au sommet, on découvre
quelque chose d'inattendu — non pas un Roi distant et inaccessible dans Sa
gloire solitaire, mais un Roi qui S'est lié à une communauté, qui S'est donné à
un corps, qui choisit d'accomplir Son règne à travers les siens.
Ce passage
change la façon dont on perçoit le monde. Car si Christ règne au-dessus de
toute domination et de toute autorité — si aucune puissance présente, ni à
venir ne peut dépasser Son autorité — alors le croyant peut traverser
l'histoire sans être écrasé par elle. Les empires passent. Les idéologies
s'effondrent. Les puissances qui semblaient invincibles finissent par plier.
Mais le Règne du Christ, lui, n'a pas de fin.
Ce passage
change aussi la façon dont on perçoit l'Église. Car si l'Église est le corps de
Christ — l'instrument de Sa plénitude dans le monde — alors elle ne peut pas
être regardée avec l'œil méprisant que le monde lui porte parfois, ni même avec
le découragement que ses membres peuvent ressentir face à ses imperfections
manifestes. L'Église n'est pas grande par ses propres mérites. Elle est grande
par la grandeur de Celui qui l'habite, qui la dirige et qui agit à travers
elle.
Et ce passage
change enfin la façon dont on se perçoit soi-même. Car être membre de ce corps,
c'est être uni au Roi que Paul décrit ici. La même puissance qui a ressuscité
Christ, la même autorité qui s'étend sur tout l'univers — c'est votre Tête.
C'est Celui à qui vous appartenez. Vous ne marchez pas dans ce monde comme des
orphelins cherchant un appui introuvable. Vous marchez comme les membres d'un
corps dont la Tête règne sur tout.
Vivez donc à
la hauteur de ce que vous êtes. Non pas dans l'arrogance — mais dans la
confiance. Non pas dans la prétention — mais dans la foi. Car le Roi est
ressuscité. Le Roi est exalté. Le Roi règne. Et ce Roi-là est votre tête. Il
est Vôtre. Rien, ni personne ne peut efficacement, s'y opposer.
A Dieu soit la
gloire ! Oh ! Qu’il en soit ainsi. Amen et Amen.