« Trois fois j’ai prié le Seigneur de
l’écarter de moi, et Il m’a dit : Ma grâce te suffit,
Car Ma puissance s’accomplit dans la
faiblesse.
Je me glorifierai donc bien plus
volontiers de mes faiblesses, afin que la puissance de Christ repose sur moi. »
(2 Corinthiens 12 : 8-9)
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LA SOUFFRANCE FÉCONDE.
L'ESPÉRANCE INÉBRANLABLE.
L'EXTASE ACCORDÉE.
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Bien-aimés en Jésus-Christ, Frères et sœurs dans la foi,
Aujourd’hui, transportons-nous dans l’obscurité humide d’une prison
romaine. Un homme est assis à même le sol, les poignets marqués par le fer des
chaînes, le dos zébré des cicatrices de trente-neuf coups de fouet reçus cinq
fois, et de trois naufrages qui l’ont laissé une nuit et un jour entiers au
creux de l’abîme. Cet homme s’appelle Paul. Il a fondé des Églises, guéri des
malades, ressuscité un jeune homme tombé d’une fenêtre, et pourtant, ce soir,
il n’a ni miracle ni délivrance à espérer dans l’immédiat. Il n’a que sa
prière, répétée trois fois, et un silence de Dieu qui ressemble, pour un temps,
à un abandon.
Mais voici que dans ce silence, une voix retentit. Ce n’est pas le
fracas d’une armée d’anges venue briser les chaînes. C’est une parole plus
étrange encore, une parole que l’oreille humaine n’attendait pas : « Ma
grâce te suffit. » Frères et sœurs, cette parole résume à elle seule le mystère
que nous allons sonder aujourd’hui : comment la souffrance, l’espérance et
l’extase peuvent cohabiter dans une seule et même existence, sous la main d’un
Dieu qui ne retire pas toujours l’épreuve, mais qui promet toujours Sa présence
au cœur d’elle.
Car voilà bien le drame de toute vie de foi : nous voudrions un
Évangile sans croix, une résurrection sans tombeau, une couronne sans épines.
Mais l’Écriture ne nous ment jamais. Elle nous montre un Job dépouillé sur son
tas de cendres, un David fuyant dans les grottes, un Jérémie jeté dans une
citerne de boue, et un Paul enchaîné qui, du fond de sa geôle, entonne pourtant
un cantique de gloire. Aujourd’hui, Nous allons marcher avec eux, à travers
trois mouvements de l’âme : la blessure qui féconde, l’espérance qui ne
cède pas, et l’extase que Dieu accorde à qui persévère.
Songeons encore à ce Haïtien ou à cette Haïtienne de la diaspora qui,
loin de sa terre natale, porte le poids d’un exil forcé, d’une famille
dispersée sur plusieurs continents, d’un pays meurtri par les séismes et les
tempêtes. Cette souffrance-là n’est pas différente, dans son essence, de celle
de Paul enchaîné : elle interroge, elle épuise, elle tente de faire taire
tout chant de louange. Et pourtant, c’est précisément à ces cœurs déracinés que
l’Évangile adresse aujourd’hui sa parole la plus tendre : la grâce de Dieu
ne connaît ni frontière ni distance, et Sa puissance s’accomplit jusque dans
l’exil.
Penchons-Nous
d’abord sur cette blessure que Dieu a permise, cette écharde plantée dans la
chair de Son serviteur, pour comprendre en quoi la souffrance elle-même peut
devenir féconde.
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LA SOUFFRANCE FÉCONDE.
- L'écharde permise -
Paul parle d’« une écharde dans la chair, un ange de Satan pour Me
souffleter » (2 Corinthiens 12, 7). Le texte ne précise jamais la nature exacte
de ce mal, et c’est providentiel, car cela permet à chaque cœur souffrant, à
travers les siècles, de s’y reconnaître : maladie chronique, deuil
irréparable, échec cuisant, solitude qui ronge, tentation qui revient sans
cesse. Ce qui frappe, ce n’est pas tant la nature du mal que son origine
déclarée : cette écharde M’a été donnée, dit Paul. Non pas subie par
accident, non pas infligée par pur hasard, mais donnée, permise, tolérée par un
Dieu souverain qui n’a jamais perdu le contrôle du jardin, même lorsque le
serpent y rampe encore.
Souvenons-Nous de Job, cet homme intègre que le Ciel lui-même
présentait en modèle. Lorsque l’adversaire demande à l’éprouver, Dieu
répond : « Voici, tout ce qui lui appartient est en ton pouvoir » (Job 1,
12), puis plus tard : « Il est entre tes mains » (Job 2, 6). Frères et
sœurs, retenons cette vérité redoutable et consolante à la fois : aucune
souffrance ne traverse la clôture de nos vies sans l’autorisation du Berger. Ce
n’est pas une souffrance abandonnée à elle-même, c’est une souffrance mesurée,
pesée, encadrée par une main qui aime.
- Le buisson ardent ne se consume pas -
Au désert de Madian, Moïse aperçoit un buisson embrasé de flammes, et
pourtant « le buisson ne se consumait point » (Exode 3, 2). Voilà l’image
parfaite de la souffrance féconde : le feu de l’épreuve peut envelopper
une vie entière sans jamais la réduire en cendres, à condition que Dieu
Lui-même habite ce feu. Ce qui aurait dû détruire devient, par la présence
divine, le lieu même de la révélation du Nom de Dieu : « Je suis celui qui
suis » (Exode 3, 14). C’est précisément dans le buisson qui brûle que Dieu Se
révèle, et non dans le calme plat du désert.
Le philosophe allemand Friedrich Nietzsche écrivait que celui qui
possède un pourquoi vivre peut endurer presque tous les comment. Sans partager
sa vision du monde, retenons cette intuition juste : la souffrance sans
sens écrase, mais la souffrance investie d’un sens transfigure. Or c’est
précisément ce que l’Évangile nous offre : un sens à la douleur, un but à
l’épreuve, une gloire au bout du tunnel, ainsi que Paul l’écrira
ailleurs : « Nos légères afflictions du moment présent produisent pour
Nous, au-delà de toute mesure, un poids éternel de gloire » (2 Corinthiens 4,
17).
Mais si la
souffrance peut féconder, elle ne saurait porter du fruit sans une espérance
qui la traverse et qui refuse de céder ; c’est à cette ancre solide que
Nous allons maintenant Nous attacher.
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L'ESPÉRANCE INÉBRANLABLE.
- L'ancre qui ne cède pas -
L’auteur de l’épître aux Hébreux emploie une image maritime
saisissante : « Cette espérance, Nous la possédons comme une ancre de
l’âme, sûre et solide » (Hébreux 6, 19). Une ancre n’empêche pas la tempête de
souffler, elle n’aplanit pas les vagues, elle ne calme pas le vent ; mais
elle empêche le navire de sombrer et de dériver vers les récifs. Voilà
exactement la fonction de l’espérance chrétienne : elle ne supprime pas
l’orage, elle Nous garde arrimés au rocher pendant que l’orage fait rage.
Et cette ancre n’est pas jetée au hasard dans les eaux troubles de ce
monde : elle « pénètre au-delà du voile », là où « Jésus est entré pour
Nous comme précurseur » (Hébreux 6, 19-20). Notre espérance n’est donc pas
suspendue à nos circonstances changeantes, mais à une Personne immuable, déjà
entrée dans la gloire, qui Nous y précède et qui Nous y attend.
- Le matin qui succède à la nuit -
Le psalmiste, après avoir traversé des heures d’angoisse profonde,
proclame : « Le soir arrivent les pleurs, et le matin la délivrance »
(Psaume 30, 6). Aucune nuit, si longue soit-elle, n’a jamais réussi à empêcher
le soleil de se lever. C’est une loi que Dieu a inscrite jusque dans l’ordre de
la création, et qu’Il a plus encore gravée dans le cœur de Ses enfants :
après Golgotha vient le matin de Pâques, après le tombeau scellé vient la
pierre roulée, après le vendredi vient le dimanche.
Victor Hugo affirmait que l’espérance est semblable au songe d’un
homme qui, bien qu’éveillé, continue de rêver. Il y avait dans cette phrase
plus de vérité qu’il ne l’imaginait peut-être : l’espérance chrétienne
n’est pas une évasion hors du réel, elle est une manière de regarder le réel
avec les yeux du Royaume qui vient. Elle Nous permet de rester debout au milieu
des ruines, en sachant que ces ruines ne sont pas le dernier mot de l’histoire.
Paul écrivait déjà aux Romains : « L’espérance qui se voit n’est plus
espérance ; car ce qu’on voit, peut-on l’espérer encore ? » (Romains
8, 24).
Cette espérance n’est jamais une affaire purement individuelle. Elle
se transmet, elle se chante, elle se partage de génération en génération, comme
un cantique composé pour une naissance ou pour la mémoire d’un être cher, comme
ces hymnes que l’on offre à une mère un jour de fête. L’Église, corps de Christ
rassemblé, devient ainsi le lieu où l’espérance d’un seul devient la force de
tous, où le fardeau porté en silence trouve, dans la communion des saints, des
épaules pour le soutenir et des voix pour le chanter encore.
Or cette
espérance qui ne cède pas Nous introduit vers un sommet plus élevé encore,
celui où la douleur elle-même cède la place à une joie que le monde ne peut ni
donner ni expliquer : l’extase que Dieu accorde.
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L'EXTASE ACCORDÉE.
- Le troisième ciel -
Le même Paul qui portait dans sa chair une écharde douloureuse
témoigne, quelques versets plus haut, d’une expérience d’une intensité
inouïe : « Je connais un homme en Christ, qui fut ravi jusqu’au troisième
ciel... Il fut ravi dans le paradis, et il entendit des paroles ineffables
qu’il n’est pas permis à un homme d’exprimer » (2 Corinthiens 12, 2-4).
Remarquons bien la juxtaposition stupéfiante que le texte Nous impose : le
même homme, dans le même chapitre, connaît le ravissement au paradis et
l’écharde dans la chair. L’extase et la souffrance ne s’excluent pas ;
elles cohabitent dans la même existence consacrée.
Cela Nous enseigne que l’extase spirituelle n’est pas réservée à une
vie sans épreuve, comme certains voudraient Nous le faire croire. Elle est au
contraire souvent donnée au cœur du combat, comme une provision de grâce pour
continuer la course. Étienne, sur le point d’être lapidé, « rempli du
Saint-Esprit, et les regards fixés vers le ciel, vit la gloire de Dieu et Jésus
debout à la droite de Dieu » (Actes 7, 55). L’extase la plus pure a souvent
visité les âmes les plus éprouvées.
- La puissance qui s'accomplit dans la
faiblesse -
Et voici le sommet paradoxal de tout notre sermon : Dieu ne
retire pas toujours l’écharde, mais Il transforme la faiblesse elle-même en
trône de Sa puissance. « Ma grâce te suffit, car Ma puissance s’accomplit dans
la faiblesse » (2 Corinthiens 12, 9). Paul en tire une conclusion qui devrait
bouleverser Notre théologie de la souffrance : « Je me glorifierai donc
bien plus volontiers de mes faiblesses, afin que la puissance de Christ repose
sur moi » (2 Corinthiens 12, 9). Il va jusqu’à dire : « Je me plais dans
les faiblesses... car quand je suis faible, c’est alors que je suis fort » (2
Corinthiens 12, 10).
Le romancier russe Fiodor Dostoïevski écrivait que la souffrance est
indispensable à une conscience élevée et à un cœur profond. Sans épouser toute
sa philosophie, reconnaissons cette convergence troublante avec
l’Évangile : c’est souvent au fond du gouffre que l’âme touche les
hauteurs les plus vastes de Dieu. L’extase que Dieu accorde n’est donc pas la
récompense d’une vie sans blessure, mais le fruit mûr d’une vie qui a appris à
se glorifier de sa propre faiblesse, parce qu’elle y a rencontré la puissance
de Celui qui l’habite.
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Frères et sœurs, Nous avons marché aujourd’hui à travers trois
mouvements de l’âme croyante : la souffrance permise et rendue féconde,
l’espérance jetée comme une ancre au-delà du voile, et l’extase accordée au
creux même de la faiblesse. Peut-être portez-vous, en cet instant précis, votre
propre écharde : une santé qui décline, un mariage qui se fissure, un
deuil encore frais, une prière restée sans réponse depuis des années. Le Ciel
ne vous promet pas toujours le retrait immédiat de l’épreuve. Mais Il vous
promet Sa grâce suffisante, Sa présence au cœur du feu, et parfois même, dans
Sa bonté souveraine, un ravissement jusqu’au troisième ciel pour vous rappeler
que la gloire à venir dépasse infiniment la souffrance présente.
Que chacun de vous puisse, comme Paul, apprendre à se glorifier de sa
faiblesse, sachant que c’est précisément là que la puissance de Christ choisit
de reposer. Que votre nuit, si sombre soit-elle, se souvienne que le matin
appartient déjà à Dieu.
Et si, aujourd’hui encore, l’écharde demeure plantée dans votre
chair, sachez que Dieu ne vous a pas oubliés au fond de votre geôle. Il Se
tient là, tout près, prêt à répéter à votre cœur la parole qu’Il adressa à Son
serviteur : Ma grâce te suffit. Que cette parole devienne votre chant dans
la nuit, votre ancre dans la tempête, et votre avant-goût du troisième ciel.
Que le Seigneur Lui-même scelle en vous, dès aujourd’hui, cette
triple certitude : votre souffrance n’est pas stérile, votre espérance
n’est pas vaine, et l’extase de Sa présence n’est jamais hors de portée de
celui qui persévère jusqu’au bout.
Oh ! Qu’il en soit ainsi. Amen et
Amen.
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