« Aujourd'hui nous voyons au moyen d'un
miroir, d'une manière obscure, mais alors nous verrons face à face ;
aujourd'hui je connais en partie, mais alors je connaîtrai comme j'ai été
connu. »
(1 Corinthiens 13 : 12)
« Car pour moi, vivre c'est Christ, et
mourir m'est un gain… J'ai le désir de m'en aller et d'être avec Christ, ce qui
de beaucoup est le meilleur. »
(Philippiens 1 : 21-23)
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LA SAINTE IMPATIENCE.
LA GLORIEUSE ESPÉRANCE.
L'ÉTERNELLE COMMUNION.
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« Ô Seigneur, excuse l'impatience d'une âme qui aspire au grand matin
de l'éternité bienheureuse, pour voir le Christ face à face et les saints dans
la gloire. » Voilà le cri qui monte, Aujourd'hui, du fond d'un cœur fatigué de
porter la chair. Voilà le soupir d'un pèlerin dont les sandales sont usées par
la poussière du désert, et dont les yeux, embués de larmes, scrutent déjà
l'horizon où se lève l'aube sans crépuscule. Ce cri n'est pas celui d'un homme
faible cherchant à fuir la vie ; c'est le cri d'une âme rachetée, saisie par un
amour trop grand pour tenir tout entier dans les limites étroites de ce monde.
Il y a, mes bien-aimés, une tragédie feutrée dans la condition du
croyant sur cette terre : celle de porter dans un vase d'argile un trésor
destiné à la gloire éternelle (2 Corinthiens 4, 7). Nous sommes des exilés dans
notre propre demeure, des étrangers marchant vers une patrie que nos yeux n'ont
pas encore contemplée. Le monde nous regarde et ne comprend pas cette soif ; il
nous voit à l'œuvre, actifs, presque satisfaits, alors que notre âme, comme le
cerf, soupire après les eaux vives (Psaume 42, 2). Cette tension entre le déjà
et le pas-encore, entre la promesse reçue et sa consommation espérée, voilà le
théâtre tragique et pourtant glorieux où se joue, Aujourd'hui, notre foi.
Le philosophe Blaise Pascal écrivait que l'homme dépasse infiniment
l'homme, signalant par ces mots l'inquiétude métaphysique qui habite toute
créature faite pour l'éternité mais enfermée dans le temps. Cette inquiétude,
Dieu l'a Lui-même déposée dans le cœur de l'homme, comme le rappelle
l'Ecclésiaste : Il a mis dans leur cœur la pensée de l'éternité (Ecclésiaste 3,
11). Ainsi, l'impatience du croyant n'est pas un défaut de sa foi, mais la
preuve vivante qu'il appartient déjà, par l'Esprit, à un royaume qui n'est pas
de ce monde. Elle n'est pas une plainte contre Dieu, mais un cantique adressé à
Celui qui a mis l'éternité dans notre cœur pour que rien de moindre ne puisse
jamais nous combler.
Penchons-nous, Aujourd'hui, sur cette sainte impatience qui travaille
l'âme du croyant, avant de découvrir comment elle s'ouvre sur une glorieuse
espérance.
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LA SAINTE IMPATIENCE.
- Le gémissement de la créature
rachetée -
L'apôtre Paul, cet homme saisi par Christ sur le chemin de Damas, ne
cache pas sa propre impatience sainte lorsqu'il confie aux Philippiens : J'ai
le désir de m'en aller et d'être avec Christ, ce qui de beaucoup est le
meilleur (Philippiens 1, 23). Notez, bien-aimés, qu'il ne dit pas simplement «
désir », mais un désir puissant, une tension intérieure presque douloureuse,
comme celle d'un enfant éloigné de la maison paternelle et qui compte les jours
qui le séparent des retrouvailles. Ce n'est pas la lassitude d'un homme vaincu
par les épreuves ; c'est l'élan d'une âme qui a déjà goûté, par la foi, la
douceur de la présence de Celui qu'elle aime plus que sa propre vie.
Ce gémissement, l'apôtre l'étend à la création tout entière : la
création tout entière soupire et souffre les douleurs de l'enfantement jusqu'à
maintenant ; nous aussi, qui avons les prémices de l'Esprit, nous soupirons en
nous-mêmes, attendant l'adoption, la rédemption de notre corps (Romains 8,
22-23). L'impatience n'est donc pas une anomalie individuelle ; elle est la
respiration même d'un univers qui attend sa délivrance. Chaque tombe creusée,
chaque larme versée sur un cercueil, chaque douleur physique qui courbe le
corps du croyant, tout cela est un cri sourd qui monte vers le Ciel : combien
de temps encore, Seigneur ?
Saint Augustin, dans ses Confessions, résumait cette inquiétude
universelle par une formule devenue célèbre : « Tu nous as faits pour Toi,
Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu'il ne repose en Toi. » Cette
parole, vieille de seize siècles, demeure d'une actualité brûlante : elle
explique pourquoi le cœur le plus comblé de biens terrestres reste, au fond,
inassouvi. Car aucune richesse, aucune réussite, aucun bonheur créé ne peut
combler l'espace infini que Dieu Lui-même a taillé dans l'âme humaine pour Sa
propre présence. On peut posséder toute la terre et mourir de soif, si l'on n'a
pas bu à la source qui seule étanche véritablement.
Mais attention, bien-aimés : cette sainte impatience n'est pas un
prétexte à la désertion du poste que Dieu nous a confié. Paul lui-même, tout en
désirant s'en aller, ajoute aussitôt : mais il est plus nécessaire, à cause de
vous, que je demeure dans la chair (Philippiens 1, 24). L'impatience sanctifiée
ne fuit pas le combat ; elle l'anime. Elle donne au chrétien la force de tenir,
sachant que la couronne l'attend au bout de la course. Comme le coureur qui
aperçoit la ligne d'arrivée et redouble d'ardeur dans les derniers mètres, le
croyant qui contemple la gloire à venir sert avec plus de zèle, et non avec
moins.
De ce gémissement sacré naît, Aujourd'hui, une espérance qui ne
déçoit point ; tournons-nous vers cette glorieuse espérance qui donne sens à
notre attente.
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LA GLORIEUSE ESPÉRANCE.
- La certitude de voir face à face -
L'apôtre nous dit : Aujourd'hui nous voyons au moyen d'un miroir,
d'une manière obscure, mais alors nous verrons face à face (1 Corinthiens 13,
12). Quel contraste saisissant entre le miroir trouble de notre condition
présente et l'éclat sans voile de la vision céleste ! Dans l'Antiquité, les
miroirs de bronze poli ne renvoyaient qu'une image déformée, pâle, incertaine.
Ainsi en est-il de notre connaissance de Dieu ici-bas : nous L'aimons sans
L'avoir vu, nous Le servons sans contempler Sa face, nous marchons par la foi
et non par la vue (2 Corinthiens 5, 7). Mais un jour vient — et ce jour est
certain — où le miroir se brisera, et où nos yeux, purifiés par la grâce,
contempleront enfin Celui que notre âme aime.
L'apôtre Jean confirme cette promesse avec une simplicité
bouleversante : nous savons que, quand Il paraîtra, nous serons semblables à
Lui, parce que nous Le verrons tel qu'Il est (1 Jean 3, 2). Frères et sœurs,
méditons ce mystère : non seulement nous verrons le Christ, mais cette vision
même nous transformera à Son image, achevant en un instant l'œuvre de
sanctification commencée le jour de notre nouvelle naissance. Job lui-même,
sous le poids de l'épreuve la plus amère, proclamait déjà cette espérance avec
une assurance qui traverse les siècles : je sais que mon Rédempteur est vivant…
et de ma chair je verrai Dieu ; moi-même je Le verrai, et non un autre ; mes
yeux Le verront (Job 19, 25.27).
Cette espérance glorieuse ne se limite pas à la vision du Christ ;
elle embrasse aussi la communion retrouvée avec tous les saints. L'Apocalypse
nous dévoile la scène finale, celle vers laquelle toute l'histoire du salut
converge : Dieu essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus, et
il n'y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur, car les premières choses ont
disparu (Apocalypse 21, 4). Quelle promesse pour les cœurs brisés par le deuil
! Quelle consolation pour ceux qui, Aujourd'hui même, portent le poids d'une
absence ! La séparation n'aura pas le dernier mot ; la tombe elle-même sera
vaincue et son aiguillon à jamais arraché.
Victor Hugo, sensible à ce mystère malgré les ombres de sa propre
théologie, écrivait avec une intuition presque prophétique : « La tombe n'est
pas une impasse ; elle est une avenue. Elle se ferme sur le crépuscule, elle
s'ouvre sur l'aurore. » Voilà, mes bien-aimés, la vérité que l'Écriture
proclame avec une autorité que la poésie ne fait qu'effleurer : notre tombeau
n'est pas un mur, mais une porte ; non un point final, mais une virgule dans le
grand récit que Dieu écrit pour Ses enfants.
Cette glorieuse espérance nous introduit, Aujourd'hui, dans la
contemplation de ce qui nous attend au terme du chemin : l'éternelle communion
avec Christ et avec tous les rachetés.
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L'ÉTERNELLE COMMUNION.
- La famille rassemblée dans la gloire
-
L'auteur de l'épître aux Hébreux dresse, pour encourager des croyants
fatigués, un tableau saisissant de ce qui les attend : vous êtes venus… à la
Jérusalem céleste, à des myriades d'anges, à l'assemblée des premiers-nés
inscrits dans les cieux, à Dieu le juge de tous, aux esprits des justes
parvenus à la perfection (Hébreux 12, 22-23). Ce texte ne parle pas d'une
éternité solitaire, d'une félicité individuelle repliée sur elle-même ; il
parle d'une assemblée, d'une multitude, d'une communion. Car le Ciel n'est pas
fait pour des ermites, mais pour une famille tout entière rassemblée autour du
Père.
L'apôtre Jean, dans sa vision de l'Apocalypse, contemple cette
assemblée avec des yeux éblouis : une grande foule, que personne ne pouvait
compter, de toute nation, de toute tribu, de tout peuple et de toute langue… se
tenaient devant le trône et devant l'Agneau (Apocalypse 7, 9). Quelle scène,
bien-aimés ! Là se retrouveront ceux que la mort avait séparés : l'époux et
l'épouse fidèles, le parent et l'enfant, le pasteur et son troupeau, le martyr
et celui qu'il avait évangélisé. Toute larme d'adieu se changera en cri de
louange, et toute séparation en retrouvailles éternelles.
Mais la communion des saints n'est, en dernière analyse, que le
reflet d'une communion plus intime encore : celle que le Christ Lui-même désire
avec les Siens. Dans Sa grande prière sacerdotale, Il s'adresse à Son Père en
des termes d'une tendresse infinie : Père, Je veux que là où Je suis, ceux que
Tu M'as donnés soient aussi avec Moi, afin qu'ils voient Ma gloire (Jean 17,
24). Entendez-vous, bien-aimés, ce que cela signifie ? Ce n'est pas seulement
nous qui aspirons à Le voir ; c'est Lui, le Bien-Aimé, qui désire nous avoir
auprès de Lui. Notre impatience trouve son écho dans le cœur même du Sauveur.
C'est pourquoi Paul peut conclure sa description des événements de la
fin par cette formule d'une douceur inégalée : ainsi nous serons toujours avec
le Seigneur (1 Thessaloniciens 4, 17). Toujours. Ce mot suffit à faire taire
toutes nos craintes, à sécher toutes nos larmes, à guérir toutes nos blessures.
Il n'y aura plus jamais d'adieu, plus jamais de cercueil, plus jamais de
dernier regard échangé sur le seuil d'un hôpital. Il y aura la communion
parfaite, ininterrompue, éternelle, où chaque rachat sera célébré et chaque
fidélité récompensée.
On rapporte que Napoléon Bonaparte, exilé à Sainte-Hélène et
contemplant l'échec de son ambition terrestre, aurait confié à ses proches une
réflexion devenue célèbre : « J'ai fondé de grands empires ; mais sur quoi
reposaient les créations de mon génie ? Sur la force. Jésus-Christ seul a fondé
Son empire sur l'amour, et Aujourd'hui des millions d'hommes mourraient pour
Lui. » Quel témoignage, venu d'un homme qui avait pourtant goûté toute la
gloire que ce monde peut offrir ! Il avait conquis des trônes, mais non les
cœurs ; il avait bâti un empire, mais non une communion. Seul le Christ, par Sa
croix et Sa résurrection, rassemble autour de Lui un peuple qui L'aime
davantage que sa propre vie.
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- L'appel final -
Bien-aimés, revenons, Aujourd'hui, à ce cri qui ouvrait notre
méditation : Ô Seigneur, excuse l'impatience d'une âme qui aspire au grand
matin de l'éternité bienheureuse. Cette impatience, nous l'avons vu, n'est pas
une faiblesse à confesser avec honte, mais une soif sainte à cultiver avec foi.
Elle est le gémissement d'une créature rachetée qui n'est plus tout à fait chez
elle sur cette terre ; elle est portée par une glorieuse espérance, celle de
voir enfin face à face Celui que nous aimons sans L'avoir vu ; et elle trouve
son plein accomplissement dans l'éternelle communion, cette grande assemblée où
toute larme sera essuyée et où nous serons, pour toujours, avec le Seigneur.
Que cette espérance ne nous rende jamais paresseux dans le service,
mais qu'elle nous donne, au contraire, des ailes pour courir la course qui nous
est proposée, les yeux fixés sur Jésus, l'auteur et le consommateur de la foi
(Hébreux 12, 2). Que chacun de nous puisse dire, au soir de sa vie, avec
l'apôtre Paul : j'ai combattu le bon combat, j'ai achevé la course, j'ai gardé
la foi (2 Timothée 4, 7), afin de recevoir, au grand matin de l'éternité, la
couronne de justice que le Seigneur, le juste juge, réserve à tous ceux qui
auront aimé Son avènement.
Alors, Seigneur, oui, excuse encore l'impatience de nos âmes ; mais
que cette impatience nous conduise, non à la plainte stérile, mais à la
sainteté fervente, jusqu'à ce grand matin où nous verrons enfin le Christ face
à face, et les saints, avec nous, dans la gloire.
Oh! Qu'il en soit ainsi. Amen et Amen.