« Je vous
exhorte donc, frères, par les compassions de Dieu, à offrir vos corps comme un
sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu, ce qui sera de votre part un culte
raisonnable. Ne vous conformez pas au siècle présent, mais soyez transformés
par le renouvellement de l'intelligence, afin que vous discerniez quelle est la
volonté de Dieu, ce qui est bon, agréable et parfait. »
(Romains
12, 1-2)
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LE SACRIFICE VIVANT.
L'INTELLIGENCE RENOUVELÉE.
LA VOLONTÉ PARFAITE.
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Bien-aimés en Jésus-Christ, Frères et sœurs dans la foi,
Imaginez,
bien-aimés, un autel dressé au cœur d'un temple antique, sous un ciel lourd de
fumée et d'encens. Un prêtre s'avance, une bête tremblante entre les mains, et
le couteau brille avant de s'abattre. Puis, le sang coule, la vie s'éteint, et
l'odeur de la chair brûlée monte vers un ciel silencieux. Voilà, pendant des
siècles, la seule dialectologie que l'homme connaissait pour parler à Dieu :
mourir un peu, afin que Dieu vive en lui. Mais voici qu'un jour, sur les routes
poussiéreuses de Rome, un homme du nom de Paul écrit une lettre bouleversante,
et il renverse d'un seul mot toute cette théologie du couteau et du sang : il
ne demande plus un animal mort, il demande un corps vivant.
Car il y
a une tragédie plus silencieuse encore que celle de l'autel païen, et c'est
celle de nos vies contemporaines, offertes chaque jour, goutte après goutte,
sur l'autel invisible du siècle présent. Nous nous levons, et sans même nous en
apercevoir, nous déposons notre temps sur l'autel de l'urgence, notre pensée
sur l'autel de l'opinion commune, notre cœur sur l'autel du regard des autres.
Le monde a ses prêtres : la publicité, la mode, la rumeur, l'algorithme
silencieux qui façonne nos désirs avant même que nous ayons appris à les
nommer. Et lentement, sans effusion de sang, sans couteau ni fumée, nous
devenons des sacrifices consentants sur un autel qui ne nous aime pas.
Il y a
même, dans cette tragédie moderne, quelque chose de plus douloureux que
l'ancien sacrifice sanglant : car la bête de l'autel n'avait pas choisi de
mourir, alors que nous, chaque matin, nous choisissons, presque volontairement,
l'autel sur lequel nous déposons notre existence. Le drame n'est plus imposé
par un prêtre étranger, il est consenti par notre propre main.
C'est
dans ce théâtre tragique que retentit, Aujourd'hui encore, la voix de l'Apôtre
: « Je vous exhorte donc, frères, par les compassions de Dieu... » (Romains 12,
1). Ce n'est pas un ordre crié du haut d'un trône, c'est une supplication venue
d'un cœur brisé par la miséricorde. Dieu, par Ses compassions, ne réclame pas
notre mort, Il réclame notre vie. Voilà le drame renversé : là où toutes les
religions du monde exigeaient un mort sur l'autel, l'Évangile exige un vivant.
Approchons-nous donc, à présent, de
cet autel étrange où l'on n'immole plus rien, sinon soi-même tout entier.
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LE SACRIFICE VIVANT.
- Un Sacrifice Qui Respire -
Dans
l'Ancienne Alliance, l'offrande devait être sans défaut, mais elle devait
surtout être morte pour être acceptée (Lévitique 1, 3-4). Paul, sous
l'inspiration de l'Esprit, façonne une expression qui aurait paru absurde à
tout prêtre juif : un « sacrifice vivant ». Comment peut-on immoler quelque
chose et le laisser respirer ? Comment peut-on déposer sur l'autel une offrande
qui continue de battre, de penser, de marcher, de travailler, d'aimer ? C'est
là toute la nouveauté bouleversante de la croix : Christ étant mort une fois
pour toutes (Hébreux 9, 26-28), notre sacrifice à nous n'est plus celui de la
mort expiatoire, mais celui de la vie consacrée. Nous ne montons plus sur
l'autel pour y périr, nous y montons pour y vivre autrement.
Ce
sacrifice vivant est quotidien, il se renouvelle chaque matin comme la manne au
désert (Exode 16, 4). Il ne s'achève pas dans l'instant d'un cri, il s'étire
sur toute une existence, dans la cuisine, au bureau, dans la salle de classe,
sur le lit d'hôpital, devant l'écran, dans le silence du soir. Chaque geste
posé dans l'obéissance devient une fumée montant vers le Trône, un parfum de
bonne odeur (Éphésiens 5, 2).
Et ce
sacrifice, précise l'Apôtre, doit être « saint », c'est-à-dire mis à part,
séparé pour un usage exclusivement consacré à Dieu, comme les ustensiles du
tabernacle ne servaient à aucun autre usage que le service sacré (Exode 30,
29). Un corps saint n'est pas un corps parfait, il est un corps réservé, gardé,
protégé de toute profanation, pour ne servir qu'à un seul Maître.
- Une Offrande Qui Coûte -
Mais ne
nous y trompons pas, bien-aimés : un sacrifice vivant coûte souvent plus cher
qu'un sacrifice mort. Il est, en un sens, plus facile de mourir une fois que de
mourir chaque jour à soi-même. L'animal de l'autel ancien ne sentait rien de sa
propre mise à mort après le premier instant ; mais nous, nous devons choisir,
encore et encore, de déposer notre volonté, notre confort, notre orgueil, notre
rancune, notre ambition, sur un autel qui ne cesse jamais de réclamer notre
présence. Le moine Saint François d'Assise exprimait à sa manière cette vérité
paradoxale lorsqu'il disait : « C'est en donnant qu'on reçoit. » Cet homme,
ayant tout quitté, ses vêtements, ses richesses, son nom même, avait compris
cette vérité étrange : que l'offrande de soi n'appauvrit jamais celui qui la
fait, elle l'enrichit d'une vie que l'égoïsme n'aurait jamais pu lui donner.
Ce culte
que Paul appelle « raisonnable » — ou, selon d'autres traductions, « spirituel
» — n'est donc pas un accès de sentimentalisme religieux. C'est un acte de la
volonté, mûrement réfléchi, offert en pleine conscience. Il n'est pas dicté par
l'émotion d'un instant, mais par la compréhension profonde de ce que Dieu a
déjà fait pour nous en Christ (Romains 5, 8). Voilà pourquoi l'Apôtre commence
par « les compassions de Dieu » : on ne peut offrir un sacrifice vivant qu'en
réponse à un amour déjà reçu, jamais pour mériter un amour encore espéré.
Mais un corps offert ne suffit pas si
l'esprit demeure captif ; voici maintenant le second mouvement de ce texte,
celui du renouvellement intérieur.
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L'INTELLIGENCE RENOUVELÉE.
- Le Moule Du Siècle -
Le
verset suivant nous avertit d'un danger aussi silencieux que redoutable : « Ne
vous conformez pas au siècle présent » (Romains 12, 2). Le mot grec employé ici
évoque littéralement un moule dans lequel on verse une matière encore molle
afin qu'elle en prenne la forme. Le siècle présent — cette culture, cette
époque, cette rumeur collective qui nous entoure — possède un moule d'une
redoutable efficacité. Il façonne nos désirs avant que nous ayons pu les
examiner, il dicte nos valeurs avant que nous ayons pu les peser, il impose ses
standards de succès, de beauté, de bonheur, avec une autorité que nous ne
remettons presque jamais en question.
Ce moule
agit rarement par la violence ; il agit par la répétition. Une image vue mille
fois finit par sembler normale. Une opinion entendue partout finit par sembler
vraie. Et ainsi, sans un seul coup porté, sans une seule bataille livrée, des
générations entières se retrouvent façonnées à l'image d'un siècle qui passe,
plutôt qu'à l'image du Dieu éternel (2 Corinthiens 3, 18).
Le
patriarche Joseph, en Égypte, vécut au cœur d'un empire dont les dieux, les
mœurs et les ambitions auraient pu le façonner tout entier ; et pourtant, il
demeura un homme à part, refusant le moule que la cour de Potiphar lui tendait
(Genèse 39, 9). Voilà l'exemple d'un cœur qui, siècle après siècle, continue
d'inspirer ceux qui refusent de se laisser couler dans le moule commun.
- Le Renouvellement De L'Esprit -
Mais
Paul ne se contente pas d'un avertissement, il ouvre une porte : « soyez
transformés par le renouvellement de l'intelligence » (Romains 12, 2). Le mot
grec traduit par « transformés » est celui d'où vient notre mot « métamorphose
». Ce n'est pas un ravalement de façade, un simple maquillage de nos habitudes
; c'est une mue véritable, semblable à celle de la chenille devenant papillon,
une transformation qui touche le cœur même de notre pensée.
L'écrivain
Marcel Proust disait avec une justesse presque prophétique : « Le seul
véritable voyage... ce serait non d'aller vers de nouveaux paysages, mais
d'avoir d'autres yeux. » Voilà exactement ce que Dieu propose ici : non pas de
nous envoyer vers un ailleurs géographique, mais de nous donner des yeux
nouveaux, une intelligence renouvelée, capable de voir le monde, les autres, et
nous-mêmes, tel que Dieu les voit. Ce renouvellement ne s'opère pas dans
l'isolement d'un effort personnel, il s'opère par la Parole (Jean 17, 17), par
la prière, par la communion avec l'Esprit qui, Lui, connaît les pensées de Dieu
(1 Corinthiens 2, 11). C'est Lui qui, jour après jour, défait en nous les
habitudes du vieil homme et façonne en nous la pensée du Christ (Philippiens 2,
5).
Ce
renouvellement n'est jamais achevé une fois pour toutes ; il est, comme le
sacrifice vivant, quotidien. L'homme extérieur se détruit peu à peu, mais
l'homme intérieur se renouvelle de jour en jour (2 Corinthiens 4, 16). Chaque
lecture de la Parole, chaque instant de prière sincère, chaque acte
d'obéissance, devient une pierre de plus posée dans l'édifice de cette
intelligence nouvelle.
Et c'est précisément ce
renouvellement de l'intelligence qui nous conduit, à présent, au but ultime de
toute cette démarche : le discernement de la volonté de Dieu.
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LA VOLONTÉ PARFAITE.
- Discerner Ce Qui Est Bon -
« Afin
que vous discerniez quelle est la volonté de Dieu » (Romains 12, 2). Remarquons
que ce discernement n'est pas donné d'emblée à celui qui reste conforme au
siècle ; il est le fruit, la conséquence, la récolte naturelle d'une vie
offerte et d'un esprit renouvelé. On ne discerne pas la volonté de Dieu de
loin, en spectateur ; on la discerne de l'intérieur, en participant déjà, par
la consécration, à la vie qu'Elle réclame.
Combien
de croyants, bien-aimés, cherchent la volonté de Dieu comme on cherche une
carte au trésor, avec des signes extraordinaires, des rêves, des circonstances
spectaculaires — alors que le texte nous montre un chemin autrement plus simple
et plus exigeant : offrir son corps, renouveler son esprit, et alors, seulement
alors, la volonté de Dieu se dévoilera, non pas comme un mystère lointain, mais
comme une évidence intérieure, aussi naturelle que la lumière du jour pour un
œil habitué à l'obscurité.
Le mot
grec traduit par « discerner » évoque l'idée d'éprouver un métal précieux, de
le tester au feu pour vérifier sa pureté (1 Pierre 1, 7). Discerner la volonté
de Dieu, ce n'est donc pas seulement la connaître intellectuellement, c'est
l'éprouver, la vérifier, la reconnaître authentique après l'avoir mise à
l'épreuve de l'obéissance.
- L'Agréable Et Le Parfait -
Paul
emploie trois adjectifs pour décrire cette volonté : elle est bonne, agréable
et parfaite. Bonne, parce qu'elle vise toujours notre bien véritable, même
lorsqu'elle traverse la vallée de l'ombre (Psaume 23, 4). Agréable, parce
qu'elle plaît au cœur de Dieu, et qu'il n'y a pas de plus grande dignité pour
une créature que de réjouir le cœur de son Créateur. Parfaite, parce qu'elle ne
manque jamais son but, elle ne se trompe jamais de chemin, elle conduit
toujours, tôt ou tard, à la gloire promise (Romains 8, 28).
Antoine
de Saint-Exupéry, ce pilote et poète du ciel, écrivait : « L'avenir, tu n'as
pas à le prévoir, mais à le permettre. » Quelle parole étonnante pour éclairer
notre texte ! Nous ne sommes pas appelés à deviner l'avenir que Dieu nous
réserve, encore moins à le fabriquer par nos propres forces ; nous sommes
appelés à le permettre, c'est-à-dire à nous rendre disponibles, offerts,
renouvelés, afin que Sa volonté trouve en nous un terrain préparé plutôt qu'un
sol endurci. Car Dieu n'impose pas Sa volonté à des cœurs fermés ; Il la révèle
à des cœurs consacrés.
Trois
mots, trois marches d'un même escalier : le corps offert, l'esprit renouvelé,
la volonté discernée. Nul ne saute la première marche pour atteindre la
troisième. C'est en marchant, jour après jour, sur cet escalier de la
consécration, que l'on parvient enfin à contempler, non plus dans un
brouillard, mais face à face, ce que Dieu attend de nous (1 Corinthiens 13,
12).
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Bien-aimés,
revenons, pour finir, à cet autel du commencement. Ce n'est plus l'autel du
sang et de la fumée, ce n'est plus l'autel du siècle qui dévore nos vies sans
même nous demander notre consentement. C'est l'autel de la grâce, celui où
Christ Lui-même S'est offert le premier, une fois pour toutes, afin que nous
puissions, à Sa suite, offrir non notre mort mais notre vie (Galates 2, 20).
Aujourd'hui, l'exhortation de Paul résonne encore, aussi actuelle qu'au premier
siècle : que ferons-nous de nos corps ? À quel moule laisserons-nous notre
pensée se conformer ? Et surtout, sommes-nous disposés à laisser Dieu nous
montrer, jour après jour, ce qui est bon, agréable et parfait ?
Que
chacun de nous, en sortant de ce lieu, porte sur son cœur cette résolution
simple et pourtant révolutionnaire : monter, chaque matin, sur l'autel vivant,
non pour y mourir, mais pour y vivre pleinement consacré à Celui qui, le
premier, a donné Sa vie pour nous. Que Son Esprit renouvelle notre
intelligence, qu'Il défasse en nous le moule du siècle, et qu'Il nous conduise,
pas à pas, dans la volonté qui est bonne, agréable et parfaite.
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Oh ! Qu'il en soit ainsi. Amen et
Amen.
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