« Celui
qui demeure sous l’abri du Très-Haut
Repose
à l’ombre du Tout-Puissant. »
Psaumes
Quatre-vingt-onze, le verset Un.
✦ ✦ ✦
UNE DEMEURE SECRÈTE.
UNE OMBRE PUISSANTE.
UNE PROMESSE CERTAINE.
✦ ✦ ✦
Bien-aimés en Jésus-Christ, Frères et sœurs
dans la foi,
Il est des nuits où le ciel semble s’effondrer. Le
téléphone sonne à l’heure où personne n’appelle, et une voix tremblante annonce
l’inconcevable : un diagnostic, un licenciement, un deuil, une trahison.
En quelques secondes, la maison qu’on croyait solide se fissure, les certitudes
s’écroulent, et l’âme, nue et grelottante, cherche désespérément un endroit où
se cacher. Frères et sœurs, ne le nions pas : nous vivons sous un ciel
d’orages.
Le monde nous vend mille abris : l’argent, la
réputation, le diplôme, les relations, la santé de fer. Mais lorsque la tempête
éclate, ces murs de carton s’envolent comme des feuilles mortes. Blaise Pascal,
dans ses Pensées, a diagnostiqué le mal avec une précision chirurgicale :
« Tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir
pas demeurer en repos dans une chambre. » Quelle sentence ! L’homme
court, s’agite, s’épuise, parce qu’il n’a pas trouvé la demeure où son âme peut
enfin reposer.
Or, dans l’un des plus beaux psaumes de l’Écriture,
un poète inspiré brise le silence de l’angoisse et déclare qu’il existe un abri
que nulle tempête ne peut renverser. Ce psaume a traversé les guerres, les
famines, les persécutions et les épidémies. Il a été murmuré dans les cachots,
chanté dans les catacombes, soufflé sur les lits de mort. Et aujourd’hui, par
la grâce de Dieu, il vient frapper à la porte de votre cœur : « Celui
qui demeure sous l’abri du Très-Haut repose à l’ombre du Tout-Puissant. »
Trois vérités nous attendent : une demeure, une ombre et une promesse.
✦ ✦ ✦
Pour être protégé, il faut d’abord habiter ;
voici le premier point : la demeure secrète.
UNE DEMEURE SECRÈTE.
Un abri qui se trouve dans l’intimité.
Remarquez le verbe : « Celui qui demeure ».
Le psalmiste ne dit pas : celui qui passe, celui qui visite, celui qui
vient les jours de fête. Il dit : celui qui demeure. Dieu n’offre pas un
hôtel de passage, Il offre une maison. Le mot hébreu que notre Bible traduit
par « abri » évoque un lieu secret, une cachette, un sanctuaire
dérobé aux regards de l’ennemi. Autrement dit, la protection de Dieu ne
s’obtient pas dans la foule, elle se trouve dans l’intimité.
Jésus l’a confirmé dans l’Évangile : « Demeurez
en moi, et je demeurerai en vous. » Jean Quinze, le verset Quatre.
Le sarment ne s’accroche pas au cep par intermittence ; il y est greffé,
il y puise sa sève, il y respire. Et l’apôtre Paul ajoute cette
merveille : « votre vie est cachée avec Christ en Dieu. »
Colossiens Trois, le verset Trois. Cachée ! Voilà la demeure
secrète : le croyant est caché dans le Christ, et le Christ est caché en
Dieu. Pour atteindre l’enfant de Dieu, l’ennemi devrait d’abord franchir le
Père, puis le Fils. Autant dire qu’il ne passera pas.
Une demeure qui se choisit chaque jour.
Mais attention : on ne s’installe pas dans cette
demeure par accident. Le psalmiste la choisit avec détermination : « Je
dis à l’Éternel : Mon refuge et ma forteresse, mon Dieu en qui je me
confie ! » Psaumes Quatre-vingt-onze, le verset Deux.
Voyez le « je dis ». Avant de proclamer la protection, il a déclaré
sa confiance. Demeurer, c’est prendre chaque jour la décision de faire de Dieu
son adresse : par la prière qui ouvre la journée, par la Parole qui
nourrit l’âme, par l’adoration qui chasse la peur.
Antoine de Saint-Exupéry écrivait dans Le Petit
Prince : « On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible
pour les yeux. » Oui, l’essentiel est invisible : ni caméra ni
microscope ne photographient cette demeure. Mais celui qui s’y trouve sait
qu’elle existe, car il y a goûté « la paix de Dieu, qui surpasse toute
intelligence ». Philippiens Quatre, le verset Sept.
✦ ✦ ✦
Celui qui habite chez Dieu n’échappe pas à l’orage,
mais il y trouve une ombre ; voici le deuxième point : l’ombre
puissante.
UNE OMBRE PUISSANTE.
Une ombre qui n’efface pas la tempête.
Pourquoi une ombre ? Parce que l’ombre suppose
un soleil brûlant. Dans le désert d’Orient, l’ombre est une question de vie ou
de mort. Le psalmiste ne promet pas l’absence de chaleur, il promet un ombrage
au milieu de la chaleur. Dieu ne dit pas : tu ne connaîtras jamais
l’épreuve. Il dit : tu ne la traverseras pas seul. Les prédicateurs de la
facilité vous ont menti : le chrétien n’est pas exempté du feu, il est
escorté dans le feu.
Écoutez la tendresse de ce psaume : « Il
te couvrira de Ses plumes, et tu trouveras un refuge sous Ses ailes ; Sa
fidélité est un bouclier et une cuirasse. » Psaumes
Quatre-vingt-onze, le verset Quatre. Voyez l’image : Dieu Se compare à
un oiseau qui étend ses ailes sur ses petits. Et Jésus a repris cette image en
pleurant sur Jérusalem : « Combien de fois ai-je voulu rassembler
tes enfants, comme une poule rassemble ses poussins sous ses ailes, et vous ne
l’avez pas voulu ! » Matthieu Vingt-trois, le verset
Trente-sept. Quel cri du cœur ! Les ailes étaient ouvertes ;
c’est le peuple qui a refusé de s’y réfugier. Ce n’est jamais la protection de
Dieu qui manque, c’est notre consentement.
Une présence au cœur de la fournaise.
Et quand les eaux montent, que dit l’Éternel ? « Si
tu traverses les eaux, Je serai avec toi ; si tu traverses les fleuves,
ils ne te submergeront point ; si tu marches dans le feu, tu ne seras pas
brûlé. » Ésaïe Quarante-trois, le verset Deux. Notez
bien : le texte ne dit pas « si tu évites les eaux », il dit
« si tu les traverses ». Mais notez aussi la promesse : la
présence, avant même la délivrance. Souvenez-vous de la fournaise de Babylone.
Trois jeunes Hébreux sont jetés dans les flammes, et le roi, stupéfait,
s’écrie : « Je vois quatre hommes sans liens, qui marchent au
milieu du feu, et qui n’ont point de mal ; et la figure du quatrième
ressemble à celle d’un fils des dieux. » Daniel Trois, le verset
Vingt-cinq. Beaucoup y reconnaissent le Fils de Dieu Lui-même, venu marcher
avec les Siens au cœur de la fournaise. Dans les flammes, ils ont perdu leurs
liens, mais pas un cheveu de leur tête.
Albert Camus, dans Retour à Tipasa, a laissé cette
confidence : « Au milieu de l’hiver, j’apprenais enfin qu’il y avait
en moi un invincible été. » Camus ignorait peut-être la source de cet été.
Nous, nous la connaissons : elle porte un nom, c’est le Dieu qui demeure
avec nous au cœur même de l’hiver.
Une ombre qui n’autorise pas la présomption.
Mais méfions-nous d’un piège : celui qui utilise
la promesse sans connaître le Promettant. Lors de la tentation, au sommet du
temple, Satan lui-même a cité ce psaume à Jésus : « Il donnera des
ordres à Ses anges à ton sujet ; et ils te porteront sur les mains, de
peur que ton pied ne heurte contre une pierre. » Matthieu Quatre,
le verset Six. Or regardez ce que le tentateur a retranché : les mots
« dans toutes tes voies ». Le psaume dit en effet que les anges te
garderont « dans toutes tes voies », Psaumes
Quatre-vingt-onze, le verset Onze, c’est-à-dire sur le chemin de Dieu, non
sur nos sentiers de vanité. Et Jésus a répondu : « Il est aussi
écrit : Tu ne tenteras point le Seigneur, ton Dieu. » Matthieu
Quatre, le verset Sept. Frères et sœurs, la protection divine n’est pas un
permis d’imprudence ; elle est la sécurité de celui qui marche dans
l’obéissance.
✦ ✦ ✦
Reste la question de l’issue du combat ; voici
le troisième point : la promesse certaine.
UNE PROMESSE CERTAINE.
Le Dieu qui prend la parole.
Jusqu’ici, c’est l’homme qui parle. Mais à la fin du
psaume, la voix change : c’est Dieu Lui-même qui prend la parole, et Sa
voix est un serment. Écoutez : « Puisqu’il M’aime, Je le
délivrerai ; Je le protégerai, puisqu’il connaît Mon nom. » Psaumes
Quatre-vingt-onze, le verset Quatorze. Et comme si ce n’était pas
assez : « Il M’invoquera, et Je lui répondrai ; Je serai avec
lui dans la détresse, Je le délivrerai et Je le glorifierai. » Psaumes
Quatre-vingt-onze, le verset Quinze. Comptez les promesses : Je
délivrerai, Je protégerai, Je répondrai, Je serai avec lui, Je glorifierai.
Cinq promesses, cinq coups de marteau sur la porte du désespoir.
Connaître Son nom : voilà la clé. « Le
nom de l’Éternel est une tour forte ; le juste s’y réfugie, et se trouve
en sûreté. » Proverbes Dix-huit, le verset Dix. Il ne s’agit
pas d’une connaissance de bibliothèque, mais d’une intimité vécue : celle
de l’enfant qui a expérimenté Dieu comme Père, comme Berger, comme Rocher,
comme Sauveur. Car le Maître n’a jamais caché que l’orage viendrait : « Vous
aurez des tribulations dans le monde ; mais prenez courage, j’ai vaincu le
monde. » Jean Seize, le verset Trente-trois. Le combat est
réel, mais l’issue est connue. Le Christ a déjà vaincu.
Une promesse que rien ne peut briser.
Et la dernière promesse est la plus grande :
rien ne peut nous arracher de cet abri. « Ni la hauteur, ni la
profondeur, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu
manifesté en Jésus-Christ notre Seigneur. » Romains Huit, le verset
Trente-neuf. Ni la maladie, ni la prison, ni le deuil, ni la mort. Le
psalmiste termine d’ailleurs sur une promesse de vie : « Je le
rassasierai de longs jours, et Je lui ferai voir Mon salut. » Psaumes
Quatre-vingt-onze, le verset Seize. Les longs jours de Dieu ne se mesurent
pas seulement en années, ils se mesurent en éternité.
✦ ✦ ✦
Il ne reste plus qu’une chose à faire : entrer
dans l’abri.
Bien-aimés, aujourd’hui la porte de la demeure
secrète est grande ouverte. Peut-être êtes-vous épuisé de courir d’abri en
abri, blessé par des orages que personne ne soupçonne, fatigué de faire
semblant d’être fort. Écoutez la voix du Père : les ailes sont déployées,
l’ombre est là, la promesse est signée du sang de l’Agneau. Il suffit de venir,
et de demeurer.
Alors, que celui qui est dans la tempête entre
aujourd’hui sous l’abri du Très-Haut ; que celui qui a peur se couche à
l’ombre du Tout-Puissant ; que celui qui a été blessé se laisse couvrir de
Ses plumes. Et lorsque les nuits viendront, car elles viendront, vous direz
avec le psalmiste : Mon refuge et ma forteresse, mon Dieu en qui je me
confie ! Car celui qui demeure en Lui ne sera jamais déçu.
Qu’il en soit ainsi. Amen et Amen.